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Jamais contents

Si la cacophonie caractéristique du capharnaüm virtuel offerte par la démocratisation des réseaux sociaux pouvait nous servir de thermomètre du bonheur, elle nous révélerait la grosse fièvre, apparemment incurable, inoculée par le virus de la frustration contre lequel on n’a pas encore trouvé d’antidote. Rien ne semble pouvoir parvenir à nous guérir de cette insatisfaction maladive, irrémédiablement collée à nos sens dont les perceptions sont colorées par une peinture maussade qui fait que nous voyons toujours en négatif. Notre esprit a-t-il donc été condamné à subir une insatisfaction éternelle ou purgerons-nous un jour cette peine avant qu’elle n’emporte définitivement ce qui reste de notre joie de vivre ?

Cette maladie du “jamais content” est, en ce moment, ce qui alimente la vitalité et le dynamisme mortifères des réseaux sociaux où elle se propage avec une contagiosité incontrôlable. Les cicatrices, traces ineffaçables laissées par la succession irrépressible des déceptions qui pénètrent facilement notre moral si perméable au mécontentement, sont déjà si profondes. Et notre propension à la raillerie est une ouverture permanente des portes de notre esprit à l’insatisfaction : qu’importe ce qu’on nous offrira, on trouve toujours, ne serait-ce qu’un petit prétexte anodin, une raison pour activer la fonction râleuse du langage. Nous sommes une génération impossible à contenter.

Emma Bovary, personnage éponyme du roman Madame Bovary (G. Flaubert, 1857), nous a précédés dans cet enfer de l’insatisfaction permanente. Nourrie par ses lectures d’ouvrages romantiques qui fournissaient à ses rêves ses matériaux, madame Bovary ne pouvait qu’être déçue par la dure réalité et ses personnages qui contrastent avec ceux des romans.

Et comme Madame Bovary ou Alonso Quichano, celui qui a dévalé la pente de la folie en dévorant des romans de chevalerie qui lui ont fait croire qu’il était un chevalier errant ayant pour véritable nom Don Quichotte (M. de Cervantès, 1605), nos exigences vis-à-vis de la vie ont été élevées à un sommet inatteignable par les rêves dont les différentes graines, jetées par différents semeurs de toutes les époques qui ont sollicité notre suffrage, ont corrompu notre esprit.

Depuis, ces graines ont germé et nous ont fait dépasser la frontière qui sépare la réalité de l’utopie. L’histoire de Madame Bovary s’est terminée par un suicide, prenons garde à ne pas nous laisser vaincre par une overdose de pessimisme qui pourrait nous être fatale.

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