Editorial

Des zozos à Tsimbazaza

Un asile de prisonniers. Voilà à quoi risque de ressembler l’Assemblée nationale. La dernière version du Parlement était déjà un refuge d’individus traînant de casseroles qui se sont servis de l’immunité parlementaire comme boucliers. Parmi eux figuraient des délinquants fiscaux, des trafiquants, des voleurs de bœufs, des auteurs de détournement de mineurs.

Cette fois c’est pire à en juger les résultats provisoires. Plusieurs candidats ont fait leur campagne électorale en prison pour avoir été arrêtés pour divers crimes comme corruption, trafic d’armes ou kidnapping. Aussi étonnant que cela puisse paraître, quatre d’entre eux dament le pion à leurs adversaires qui ne sont pourtant pas les premiers venus. Pour le moment ils jouissent de la présomption d’innocence et ne sont qu’en détention préventive. S’ils sont innocentés par la Justice, ils siégeront à Tsimbazaza pour cinq ans. On a donc les députés qu’on mérite en dépit de quelques exceptions, une vingtaine qui assistent assidûment à toutes les sessions et respectent leurs électeurs. Hélas leur rectitude est noyée dans la médiocrité de l’ensemble. À quoi bon avoir une majorité si les lois sont votées par dix-huit députés sur cent cinquante et un?.

On ne peut pas leur en vouloir étant donné qu’ils sont les préférés des rares électeurs qui ont daigné accomplir leur devoir de citoyen. La majorité a préféré justement s’abstenir pour ne pas être responsable des actes des députés dont on connaît bien le comportement. Le taux de participation famélique semble avoir favorisé ceux dont l’opinion ne voulait plus voir la tronche dans les travées du Parlement. Hélas, certains ont signé un bail à Tsimbazaza à l’image de Jao Jean qui surfe sur les régimes et enfile le maillot jaune à tous les coups à Antsohihy malgré ses démêlés avec la justice et la présence d’un concurrent de taille.
À Morafenobe , un autre vieux loup est également en passe de retrouver Tsimbazaza en l’occurrence Jean Eugene Voninahitsy qui mène allègrement même s’il risque d’être le député élu avec le moins de voix. Il devance le candidat de l’IRD. C’est dire.

Les électeurs leur ont témoigné une fidélité indéfectible malgré un passé sulfureux. Ce qui est certain c’est qu’avec ces boutes en train, on n’aura pas le temps de s’ennuyer à Tsimbazaza. Au moins et on espère qu’il en sera ainsi, ils donneront du fil à retordre à la majorité dans les débat à défaut de pouvoir s’imposer dans le vote.

Dans tous les cas et une fois de plus, l’Assemblee nationale ne répondra pas à l’attente de la population et de l’opinion. Elle ne sera point un censeur du gouvernement ni un contrepoids contre les abus. Avec un rapport de force déséquilibré, les débats seront loin d’être démocratiques. L’opposition, constituée des députés Tim et quelques indépendants, sera réduite à sa plus simple expression. On fera avec pendant cinq ans. Si ce n’était pas le cas, la suppression de l’Assemblee nationale aurait été évoquée. Logiquement, de loin plus budgétivore que le Sénat, l’Assemblee nationale devrait être supprimée si on raisonne par austérité comme le Président l’a évoqué. Si on peut construire quatre universités avec le budget du Sénat, on peut en fabriquer dix avec celui de l’Assemblee nationale. Quand on rajoute la composition de l’institution de Tsimbazaza et sa réelle utilité, l’argument ne souffre de la moindre contestation. Que ceux qui ne sont pas d’accord lèvent la main.

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