Editorial

Pin…lissandre

Ruine et désolation. Trois mois après la décision radicale du ministère de l’Environnement d’interdire la coupe, le transport, l’exploitation et surtout l’exportation de bois précieux, les ateliers de menuiserie bois ainsi que les magasins de meubles se sont vidés de leurs meilleures pièces. À Ankorondrano, les rayons d’un grand magasin sont désertés par la boiserie haut de gamme qui constitue l’essentiel de ses modèles. Il semble avoir renoncé à opter pour le pin…lissandre sur lequel les clients se rabattent, ,faute de mieux.
Le scénario est le même dans d’autres grandes enseignes comme chez les petits artisans de bois, privés de leur matière première et de leur source de revenu. À Morondava, les tenants d’ateliers de menuiserie bois ne savent plus à quel ange, plutôt Andry se vouer. Ils ont pratiquement perdu leur emploi. Aucune mesure d’accompagnement n’a été assortie à l’interdiction brusque et implacable. C’est tout un secteur qui s’écroule soudainement avec les conséquences qu’on imagine sur l’avenir de quelques milliers de personnes.
À Ankadibevava, à Ankadimbahoaka, à Ankadifotsy et un peu partout dans toute l’île, le désarroi est le même, l’angoisse a la même ampleur. Ceux qui tentent de passer outre la mesure l’ont payé cash.
Ce n’est qu’hier que le ministère de l’Environnement a annoncé une petite concession en évoquant que la coupe n’est autorisée qu’en échange d’un reboisement. Une décision appropriée mais dont l’application n’aurait pas dû être immédiate étant donné que les concernés n’ont pas eu le temps de se préparer, de prendre leurs dispositions par rapport à la nouvelle situation. L’interdiction s’applique d’ailleurs sans discernement, même pour ceux qui ont, depuis longtemps, une concession.
En fait, cette option devrait être le fil conducteur de la politique de reboisement qui va dans tous les sens pour finir par être une occasion pour se prendre en selfie. Si on avait planté du bois précieux depuis quarante ans, on n’en aurait pas été là aujourd’hui. À la rigueur, on aurait dû planter des arbres fruitiers au lieu d’autres variétés qui n’ont pas poussé. On a l’impression de planter au même endroit, chaque année sans que l’environnement change.
Durant la première République, les écoles primaires avaient un reboisement que les élèves entretenaient régulièrement. La sensibilisation se faisait à travers des slogans du genre « jeunes, tu plantes un arbre, vieux, tu auras de l’ombrage » ou « ceux qui brûlent les tanety, brûlent la nation ». Le tout était immortalisé sur un timbre poste.
L’État doit soutenir des initiatives privées pour atteindre son velirano de reverdir le pays, de restaurer les forêts primaires. En 2003, lors de la conférence internationale sur l’environnement à Durban, l’ancien président Ravalomanana avait promis de tripler la superficie des aires protégées. Ironie de l’histoire, celles qui restent font l’objet de braconnage et de pillage systématique faute de contrôle et de rigueur.
C’est bien de sévir et de montrer de la rigueur, c’est mieux d’avoir une vision, voire une télévision, c’est à dire une vision à long terme.

1 commentaire

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  • La filière est tellement juteuse pour le monde des trafiquants que des mesures draconiennes de remise à plat s’avèrent nécessaires . Le ministère doit établir une politique de rigueur pour éradiquer les mauvaises herbes . Le tri des vrais exploitants et artisans pour le marché est une condition sine qua non . La conférence des parties COP devrait être le fil aiguilleur. Les activistes de la société civile comme le CRAAD-OI ou le Collectif TANY qui prétendent être des ayatollahs de la défense de l’environnement tout en ayant des sensibilités politiques peu recommandables auront toujours à dire pour faire bonne conscience .