Accueil » Notes du passé » Une politique marquant une nette rupture avec le passé
Notes du passé

Une politique marquant une nette rupture avec le passé

Le ministre des Affaires étrangères de retour d’un voyage à travers le monde.

La brève et succincte présentation de la politique extérieure malgache sous la Ire République, permet d’aborder la politique tous azimuts du régime Ramanantsoa, considérée notamment par l’hebdomadaire catholique Lumière comme le contre pied de la politique extérieure du président Philibert Tsiranana (lire précédentes Notes). Elle rompt, en effet, avec la politique de l’ancien régime. À l’alignement sur le camp occidental, elle oppose une ouverture à l’ensemble des Nations. En fait, « elle va se traduire surtout par une position de non alignement ».

Juste après le discours-programme du général Gabriel Ramanantsoa, elle se concrétise « par une ouverture en priorité vers les pays de l’Est et par l’abandon de la politique africaine du président Tsiranana ». Cette ouverture est mise en œuvre par le ministre des Affaires étrangères, le capitaine de corvette Didier Ratsiraka. Sa première action est de se rendre en Tanzanie, en août 1972, qui pratique un régime socialiste, pour développer la coopération entre ce pays et Madagascar. À la même époque, le Pakistan envoie à Madagascar une mission diplomatique, tandis que les relations américano-malgaches se normalisent par un nouvel échange d’ambassadeurs.

En septembre, Didier Ratsiraka est invité par le gouvernement soviétique, visite (25-29 septembre) marquée par l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, selon «le principe du dialogue… avec tous les peuples du monde  ». Ouverture sur l’extérieur, certes, mais aussi indépendance. Ainsi, le père Gérard voit dans cet accord « le signe le plus clair de l’intention délibérée du gouvernement du général Ramanantsoa d’orienter la nouvelle politique malgache dans le sens du non-alignement», une nette rupture avec le passé.

Après Moscou, le ministre Didier Ratsiraka rejoint New-York pour participer à l’Assemblée générale de l’ONU devant laquelle il prononce un discours, le 5 octobre. Il présente alors plusieurs prises de position de la nouvelle politique extérieure malgache. Il indique ainsi que la politique extérieure malgache sera désormais « pragmatique ». Il propose la neutralisation du Sud-est asiatique, et reconnaît l’État d’Israël tout en condamnant «  sa politique expansionniste, impérialiste et belliqueuse  ». Il dénonce ensuite la politique pratiquée par les républiques racistes d’Afrique australe et du colonialisme portugais. Il propose enfin, la constitution d’un front des pays sous-développés face aux nations nanties, afin de mettre un terme aux échanges inégaux qui se réalisent au détriment des pays pauvres.

Le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Ramanantsoa n’envisage pas non plus une ouverture à « sens unique ». C’est pourquoi des liens seront noués avec la Chine et la Corée du Nord, et qu’il se rendra aussi au Japon. Il quitte Madagascar le 28 octobre, pour Beijing et Pyongyang. De la composition de la délégation malgache, l’hebdomadaire catholique déduit que les entretiens « porteront sur une éventuelle aide financière, les relations commerciales et les relations culturelles ». Cette mission de la délégation malgache est considérée comme « un beau succès de la diplomatie malgache » par André Ravatomanga, et si elle entraine la rupture avec Formose, cela n’inquiètera pas pour autant les ressortissants chinois de Mada­- gascar. Pour ce chroniqueur, cette ouverture vers l’Est est un rééquilibrage et non le passage du camp occidental au camp socialiste, « ce qui serait la négociation de la volonté d’indépendance de Madagascar ».

Cette nouvelle politique extérieure ne se résume pas à l’indépendance vis-à-vis de la France et l’ouverture à l’Est. Elle est beaucoup nuancée, souligne Alain Escaro, et « n’exclut pas, bien au contraire, la continuation voire l’approfondissement des rapports avec le camp occidental ». Cela se traduit par des efforts déployés par le ministre Didier Ratsiraka pour développer les relations avec le Japon, mais également avec les États-Unis, le Canada et l’Europe, « aussi bien par souci d’équilibre entre les deux blocs que par nécessité économique ou culturelle ».

Face à l’Afrique et aux pays arabes, le renversement de politique est particulièrement « net bien que progressif ». Après avoir peu à peu délaissé l’Organisation commune africaine et malgache (OCAM), Madagascar finit par se tourner vers l’OUA, avec le bouleversement des choix politiques qui résultent d’une telle orientation. Quant aux pays arabes, le soutien à leur cause conduit à une semi-rupture avec Israël à la veille de la guerre de Kippour.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter