Notes du passé

Le christianisme, une institution européenne dangereuse

Ranavalona Ire, une reine à la fois autoritaire et résolue.

«LA mort de Radama survint, inattendue, le 27 juillet 1828. Le peuple n’en fût informé que le 1er ou le 3 août, il murmura. Les circonstances dans lesquelles la princesse Ramavo lui succéda, restent obscures » (Histoire de Madagascar destinée aux classes Terminales).

La presse européenne, les journaux, les revues évoquent l’œuvre du roi de Madagascar et le déroulement grandiose de ses funérailles. Le peuple comprend confusément la grandeur du monarque et l’associe à celle de son père, Andrianampoinimerina. « Les années qui suivirent, la mirent mieux en évidence. »

D’après les auteurs de l’ouvrage d’Histoire, seul Radama a pu contrôler les forces et les tendances nouvelles que sa politique de conquête et de modernisation éveille. Son « despotisme éclairé » sait contenir la colère des mécontents, encourager et soutenir le zèle des missionnaires.

« Génial », il arrive à utiliser indifféremment des Anglais, des Français et autres Européens pour réaliser une révolution technique qu’il veut progressive. « Réaliste », il sait préserver la forêt de la falaise orientale qui, pour lui, n’est jamais trop dense, parce qu’elle sépare de la mer, domaine des puissances coloniales, le cœur de son royaume ! « Profondément attaché à son pays », il joint le mépris des superstitions au respect de la tradition ancestrale.

Mais Radama disparaît trop tôt, en 1828, à l’âge de 36 ans. « Sa mort libéra les forces profondes qu’il avait voulu maitriser. » Car sa mort pose le grave problème de la succession. Les conservateurs, partisans du retour à l’ordre traditionnel, l’emportent en portant sur le trône, sa première épouse, la princesse Ramavo, sous le nom de Ranavalona, première du nom.

La bourgeoisie merina, que la réforme militaire place au sommet des honneurs, triomphe. En 1835, Rainiharo finit par devenir le Mpitaiza Andriana, c’est-à-dire le Premier ministre de la Reine. Sa famille, les Andafy Avaratra, parvient ainsi au premier plan et acquiert une position très forte à Antananarivo. « Son ascension profite aux riches familles bourgeoises. » Et sa descendance, ses fils Raharo, puis Rainilaiarivony, héritera de ses titres de Premier ministre et d’époux de la reine.

De leur côté, les Miaramila hova, chefs de l’Armée, désirent le pouvoir civil. La mort de Radama leur permet d’occuper les plus hauts postes de l’Administration. Ils peuvent alors lutter contre les artisans de la rénovation.
Ranavalona Ire, opposée aux réformes, désire alors rétablir l’ordre traditionnel. L’attitude de Radama en face des superstitions et des idoles, la trouble profondément. « Elle écoutait d’une oreille favorable les Andriana de sa famille et les Hova riches qui attaquaient les novateurs. » L’importance de la London Missionary Society et de ses missionnaires, leur prosélytisme, lui paraissent néfastes.

« Peu cultivée, réfractaire à leur influence », la reine considère le christianisme comme une institution européenne dangereuse et veut l’anéantir. Par contre, favorable aux ombiasy, attachée aux idoles royales, elle trouve un appui sûr dans les rangs des traditionnalistes. « Première épouse du roi défunt, devenue reine elle-même par la volonté du peuple, Ranavalona avait un sentiment profond de sa souveraineté. »

Héritière d’Andrianampoinimerina, elle décide d’employer cette autorité suprême à préserver son peuple des menaces extérieures. « Les châtiments les plus sévères, le spectacle des supplices et de la mort, ne l’effrayent pas, parce qu’elle est persuadée d’agir en conformité avec la volonté des Ancêtres. » Le nouveau gouvernement travaille ainsi dans le sens d’une réaction contre les influences de l’Europe.

Ranavalona, « reine autoritaire et résolue », y prend une part active, sinon prépondérante. Comme ses convictions rejoignent les intérêts des grandes familles hova, l’oligarchie militaire et commerçante peut réaliser les projets qu’elle a formés du vivant de Radama.

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