L’opinion dite internationale, déjà en 2014


Les deux Chroniques ci-dessous, réunies aujourd’hui en Une, datent de mars 2014. J’écrivais alors : «Que disent les médias publics internationaux ? Que les bons sont ceux de la Place Maïdan, avides du modèle universellement reconnu de l’Europe, contre les brutes associées à la Russie, ses vieux rêves panslaves et ses vieux démons soviétiques» («Poutine, acteurconcept», 1er mars 2014). Et que : «La même grille de lecture est avancée chaque fois : les pro-occidentaux, évidemment libéraux, contre les nationalistes, naturellement rétrogrades» («Le retour du manichéisme déformant», 5 mars 2014). On sait, au moins depuis ce 5 février 2003, et le gros mensonge du Secrétaire d’État américain Colin Powell devant le Conseil de Sécurité, qu’il faut multiplier les sources d’information pour ne pas s’abrutir à un seul sn de cloche. (Début de citation) Quand on est à Madagascar, ancienne colonie d’une France qui appartient ellemême à l’Alliance Atlantique en particulier et à l’Occident en général, pour entendre l’avis de Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires Étrangères, sur le dossier ukrainien, il faut passer par une conférence de presse de son homologue américain, John Kerry, rapportée par Radio France. L’opinion publique internationale, on le savait, est seulement une certaine opinion publique. Plutôt des deux côtés de l’Atlantique jusqu’à l’Oural. Quand un Occidental fait 17 ans de prison dans un pays d’Afrique, on le rapatrie en forme de réhabilitation sans que, jamais, la police et la Justice de céans aient voix au chapitre. Quand un Occidental encourt la peine capitale pour trafic de drogue dans un pays d’Asie, on zoome sur le côté affectif de l’affaire : le sacrifice de sa mère, les conditions de sa détention, sans que jamais le fond de sa culpabilité soit abordé. L’opinion publique dite internationale croira toujours plus volontiers la fausse infirmière koweitienne témoignant sur CNN contre Saddam Hussein qu’on a décidé d’accuser de rage de destruction massive. Les médias occidentaux refont l’instruction et s’instaurent en cour d’appel, plaidoirie, réquisitoire, reportage. Dans le traitement médiatique de l’affaire ukrainienne, le reste du monde, abondamment arrosé par les médias dits internationaux, mais en vérité presque exclusivement occidentaux, n’entend que les revendications de la place Maïdan acquise à la cause européenne ; ne voit que le ballet diplomatique des représentants de l’Union Européenne ; n’écoute et ne regarde que la version, au pire unilatérale, au mieux lointaine d’un correspondant dit local s’exprimant doctement sur la Crimée depuis son appartement à Moscou. On peut ne pas être d’accord avec la certaine idée qu’a Vladimir Poutine de la démocratie. Mais, personne ne peut disconvenir de sa cohérence à restaurer la grandeur dont il a la conviction intime de son pays, la Russie. Dans «une autre histoire de l’Amérique», on découvre qu’il semblerait que George Bush père ait favorisé le fantasque Boris Eltsine au détriment de Mikhaïl Gorbatchev dans l’optique de voir la Russie faire place nette à la suprématie planétaire des ÉtatsUnis. La Perestroïka s’inscrivait dans une stratégie cohérente de réformes indispensables sous peine d’écroulement et si sa logique avait été rationnellement épuisée, Mikhail Gorbatchev et ses successeurs auraient fait garder son rang à la Russie. George Bush n’avait pas retenu les leçons de l’histoire : le «Diktat» de Versailles, en 1919, qui imposait de trop dures conditions à l’Allemagne, avait été la source des frustrations et de la revanche menée par Adolf Hitler. Le spectacle d’un Boris Eltsine, pantin hilare et hilarant, devait créer le même sentiment d’humiliation chez les nationalistes russes, ouvrant la voie à Vladimir Poutine, acteur-concept d’une période charnière.
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