Chronique

Pèche – L’appel de la mer

Belle prise lors d’une pêche sportive.

Selon la tradition orale, les Saint-Mariens étaient de grands pêcheurs de baleine, sous la conduite d’un chef légendaire du nom de Tanazy. Pendant les préparatifs, les hommes prenaient soin de se sanctifier en s’éloignant de leurs femmes. C’était le « miala viavy ». Et avant d’embarquer, ils s’aspergeaient d’un liquide sacré appelé « fankamora ». Jusqu’à leur retour, les femmes évitaient tout contact trop rapproché avec leur bébé, pour que les baleines fassent de même avec leur baleineau. L’instrument principal utilisé par les pêcheurs était le « samondro », une sorte de harpon relié à une très longue corde. Au retour, chacun prenait sa part à même le sable de la plage. Les os broyés et l’huile servaient, entre autres utilisations, de remède contre les maladies. Mais tout cela est de l’histoire ancienne, car aujourd’hui des liens presque familiaux unissent les Saint-Mariens aux baleines, lesquelles ne manquent jamais de venir leur rendre visite tous les ans, après un périple de plus de 5 000 kilomètres commencé dans les eaux glaciales de l’Antarctique.
Parler de la pêche à Madagascar amène à évoquer la pirogue à balancier qui a contribué au peuplement de l’île. Véritable trait d’union dans toute « l’Austronésie », on la retrouve sous différentes variantes aussi bien en Nouvelle-Zélande qu’à Morondava, au Sri Lanka comme dans l’archipel des Tuamotus. Elle fait aujourd’hui partie du décor idyllique des villages de pêcheurs des côtes malgaches, et est un des thèmes préférés des photographes quand les voiles se rapprochent du rivage, ou quand les captures se déchargent sur la plage dans un foisonnement de vie et de couleurs…

À la différence des retours de pêche, les départs se font sans témoin, dans la solitude des petits matins. Faire glisser la pirogue sur le sable, et trouver le bon passage parmi les vagues, ce sont là des gestes qui se répètent chaque jour. Aujourd’hui comme hier, les techniques sont restées les mêmes. Un hameçon suffisamment costaud fixé à un fil de nylon lesté d’un bout de fer rond, un morceau de papier découpé dans un paquet de cigarettes en guise de leurre, en attendant d’avoir d’autres appâts, et surtout les muscles nécessaires pour remonter le thon ou l’espadon, et le tout est presque joué. Le pêcheur saura le moment précis et le geste sûr pour planter son trident. L’estocade finale…

Une pirogue à balancier vezo.

Trois techniques

Une existence rude et simple, Betania, petit village de pêcheurs au sud de Morondava, vit sans électricité mais avec l’incroyable énergie de la solidarité communautaire. Les femmes se chargent d’écouler le poisson au marché de Morondava ou auprès des hôtels en franchissant en pirogue le bras de mer séparant le village de la ville. Un trajet qu’empruntent les écoliers pour rejoindre leurs bancs. La mer, dit-on, est une sorte d’Olympe où séjournent des divinités bien connues des pêcheurs. N’empêche, Betania possède une église catholique en dur et un temple protestant. Des villages de pêcheurs, on se lasserait de les sérier, depuis Ramena à la pointe Nord, où la vie s’écoule entre les filets en réparation, la mairie, l’école, jusqu’à Anakao au Sud de Toliara, ou Manafiafy, autre nom de Sainte-Luce, dans le Sud-est, où s’amorce la longue côte orientale en ligne droite. On ne compte plus ceux qui n’auront jamais leur nom dans les guides touristiques, alors que d’autres ont fini par devenir des villes. C’est le cas de Mahanoro où la journée des gens de la mer commence bien avant le lever du jour, ou d’Antalaha réputée pour sa taillerie de pierres semi-précieuses, son chantier naval artisanal, et surtout sa vanille…

Les pirogues des pêcheurs sur la plage d’Anakao.

Dans un autre registre, celui de la palangrotte, de la grande traîne, ou du lancer, Nosy Be et sa poussière d’îlots sont le haut-lieu de cette discipline-loisir qu’est la pêche sportive. Les occasions ne sont pas rares de pratiquer les trois techniques dans une même journée au gré des marées. Décrivant une partie de pêche à Nosy Sakatia, un journaliste touristique a parlé de combat à la loyale entre l’homme et le marlin, véritable roi de ces eaux poissonneuses auréolé d’une réputation de grand battant. Parmi les captures les plus intéressantes, on citera le thon jaune surtout en avril-mai, la bonite, le barracuda qui se pêche entre septembre et mai avec des pointes en octobre et mai, la dorade, et l’espadon.

Nosy Be, Antsiranana, Morondava, Toliara-Ifaty, et Sainte-Marie sont bien pourvues en centres de pêche relevant souvent des hôtels. On y pratique des techniques comme la pêche au popper et à la mouche avec du matériel performant.

Un atelier de construction artisanale de boutres à Antalaha.

 

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