Accueil » Editorial » Touchons du bois
Editorial

Touchons du bois

La saison de reboisement va commencer. Une routine qui dure depuis au moins quarante ans mais dont le résultat laisse à désirer. Si tout avait poussé, le pays n’en serait pas à un niveau de déforestation chronique aujourd’hui. Depuis la première République le reboisement était une priorité de l’État. Les écoles avaient un petit périmètre de reboisement et on inculquait aux élèves l’importance de l’environnement et des timbres frappés de slogan relatif à la nécessité de planter des arbres et de lutter contre les feux de brousse. Mais plus la République avance, plus on a abandonné les bonnes pratiques et plus la déforestation atteint des proportions dramatiques que l’on prévoyait déjà il y a soixante ans de cela. Le reboisement est devenu une occasion de frimer, de se montrer et de donner une visibilité aux entreprises. En quarante ans de reboisement, il n’y a jamais eu d’évaluation de ce qui a été fait. Il n’y a aucun suivi des reboisements antérieurs et il n’y a aucune statistique concernant les surfaces reboisées.

On se plaît à refaire la même action chaque année sans se soucier des résultats. On a l’impression de reboiser au même endroit depuis quarante ans étant donné que la situation n’a rien changé puisque tout a disparu soit à cause des incendies forestiers soit tout simplement à cause de mains criminelles et diaboliques qui prennent un vilain plaisir à tout détruire. Depuis l’arrivée du selfie, la frime a pris une nouvelle ampleur au détriment de l’acte citoyen que devrait être le reboisement. En 2019, un défi a été lancé par le président de la République. Il s’agit de planter soixante millions d’arbres en une journée. Son mandat tire à sa fin mais le défi n’a jamais été tenté. En revanche, la campagne de reboisement avait été lancée en grande pompe à Tampoketsa Ankazobe en 2019. Depuis personne n’est revenu là-bas pour voir la croissance des plantes.

Chaque année l’ouverture de la campagne de reboisement fait l’objet d’une grande manifestation. Ce serait mieux si on célèbre les résultats afin d’atteindre le velirano numéro 10 qui est la protection des ressources naturelles. Il reste du chemin à faire et il faudra certainement rectifier le tir pour ne pas rater la cible. La même erreur est commise par toutes les Républiques. La situation est grave et aux actions insensées des hommes s’ajoutent les méfaits du changement climatique. On se plaît d’ailleurs à tout mettre sur le compte du réchauffement climatique pour bénéficier des sous de grands pays pollueurs.

On oublie que le réchauffement climatique n’est que le corollaire de la déforestation et non la cause. De deux choses l’une, soit on occupe les forces de l’ordre comme gardes forestiers pour surveiller les jeunes plants, soit on plante des arbres qui poussent quelles que soient les circonstances, la nature du sol et qui ressuscite après avoir été brûlé. Les goyaviers sont dans ce cas. Pourquoi planter des arbres qui mettent un siècle pour grandir et pour se convertir en meubles ? Mieux vaut des arbres à la croissance rapide et qui résistent aux feux. On ignore si cette variété existe. Touchons du bois.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter