Notes du passé

L’après-Radama à Foulpointe vu par un Français

Rafaralahy-Andriantiana, chef d'Antsihanaka et gouverneur de Foulpointe.

Le capitaine de frégate Verchère-Raffye, officier de marine française, débarque à Foulpointe le 3 août 1828 où le général Rafaralahy-Andriantiana l’accueille. Chef sihanaka rallié à Radama Ier après une opiniâtre résistance, celui-ci s’est vu offrir en mariage une sœur du roi et dès lors, est fidèle à la monarchie. Courageux, excellent général, il est depuis la fin de 1822, gouverneur de Foulpointe où Radama le charge d’établir une colonie militaire. Quand il reçoit Verchère-Raffye, il ignore encore que le parti de la reine va le faire assassiner.

Au contraire, il lui apprend que son beau-frère est mort, que Ranavalona Ire est montée sur le trône, que rien ne sera changé, non seulement dans la forme du gouvernement, mais aussi dans sa politique étrangère. Cependant, n’ayant reçu aucun ordre de la Cour, il a fait renouveler à ses administrés le serment de fidélité au roi défunt et à son successeur.
« Il a fait couper à tous les Malgaches, hommes et femmes, ainsi qu’aux soldats hova leurs cheveux comme signe de deuil. Lui-même ainsi que ses femmes et ses enfants en ont donné l’exemple. » Comme tous les Français de l’époque, Verchère-Raffye oppose les mots « Malgache » et Hova, donnant au premier terme le sens de non-Merina.

L’officier français signale toutefois que nombre de ces derniers se sont enfuis dans les bois « pour se soustraire à cette mesure qui les révolte ». Néanmoins, tout lui paraît tranquille à Foulpointe, « et ce qu’on m’avait dit à Sainte-Marie de la prétendue révolte des Malgaches est entièrement dénué de fondement. Les Malgaches, sous l’autorité du général Rafaralahy, sont paisibles et tellement soumis qu’il faudrait qu’il y ait un bouleversement général à Madagascar pour qu’ils y prennent part ».

Il faut dire que, dès l’annonce du décès de Radama, beaucoup de Français ont espéré que les peuplades du littoral « sur lesquelles pèse un joug de fer », en profiteraient pour recouvrer leur ancienne indépendance. Il n’en est rien. Rafaralahy-Andriantiana, chef d’Antsihanaka et gouverneur de Foulpointe. Au contraire, ils semblent « chérir la main qui les opprime », sinon paraissent étrangers à tout ce qui se passe, « obéissant aveuglément aux ordres les plus révoltants que leur donnent les généraux hova ».

Le 1er septembre, une assemblée des chefs de village se tient, présidée par Rafaralahy. L’objet en est l’envoi d’une députation à la reine pour l’assurer de la soumission du pays, délégation composée de vingt hommes par village. C’est à ce moment que Verchère-Raffye remarque qu’il est défendu aux femmes de porter des robes en tissu d’importation pendant trois mois, en signe de deuil. Rafaralahy a même envoyé deux de ses femmes et un de ses enfants auprès de la reine. « Je présume que ce sont des otages pour l’assurer de sa fidélité. »

Vachère-Raffye apprend aussi quelques nouvelles qu’il ne peut pourtant pas confirmer. Telle l’existence de deux partis qui se sont formés en Imerina. Le premier- celui de Ranavalona Ire, est le plus important et se compose d’une partie de l’armée et du peuple; le second est celui du jeune Rakotobe, âgé de 13 ans à sa mort, neveu du roi défunt et fils du général Ratefy qui serait « appuyé par les courtisans et quelques généraux ».

On l’informe que la volonté de la reine et de son parti est de rappeler les Hova du littoral en Imerina, de placer des chefs malgaches aux points de la Côte, d’établir la liberté de commerce sans entraves ni impôts et d’autoriser la traite. En revanche, ses opposants veulent maintenir l’asservissement des Malgaches, continuer d’assujettir le commerce à des impôts et empêcher la vente des esclaves.

L’officier français s’entretient avec plusieurs traitants pour avoir de plus amples informations. « Mais leurs rapports se contredisent tellement que l’on voit clairement que chacun a des nouvelles suivant ses intérêts et ses désirs » En tout cas, il leur importe qui dirige le pays du moment qu’ils sont protégés et exempts d’impôt.

Cependant, tous les négociants s’accordent à détester le général Rafaralahy, « ont la volonté est la loi qui régit Foulpointe et presque tous ses actes sont despotiques et arbitraires. Mais il impose une telle frayeur aux naturels qu’il est impossible d’apprendre quelque chose d’eux ».

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