Chronique

Chronique de VANF – Le Time est déjà le message

Greta Thunberg en Une du Time Magazine (23 décembre 2019). Consacrée «Personnalité de l’année», l’activiste écolo devenait ainsi, dix jours avant son dix-septième anniversaire, le plus jeune lauréat de cette distinction médiatique, «détrônant» le tout premier récipiendaire de 1927, Charles Lindbergh alors âgé de 25 ans.

Le titre de «Personnalité de l’année», associé au label d’excellence et d’honorabilité d’une institution comme le Time Magazine, véhicule d’emblée une image positive. Cependant, le grand public ignore cette précision d’importance du Time qui souhaitait distinguer la personne qui a eu «le plus d’effet sur l’actualité et sur nos vies, pour le meilleur ou pour le pire».

«For better or worse» : le trombinoscope portraitise complaisamment de la même manière le plus grand génie comme le plus abject monstre. Si Adolf Hitler fut le seul récipiendaire dont la photo n’a pas illustré la couverture du célèbre magazine, pour l’année de sa nomination en 1938, son collègue en dictature Joseph Staline sera «exposé» par deux fois : en 1939 et 1942.

Pour le pire, les deux dictateurs rivaux atteindront leur apogée bien plus tard. Je ne sais pas expliquer comment un «crime contre l’Humanité» puisse valoir à ses auteurs d’être célébrés en couverture d’un magazine que scrute le monde entier : «Parlez de nous en bien, parlez de nous en mal, mais parlez donc de nous»…
«For better or worse» : une photo du pire criminel est désincarnée tandis qu’une possible valeur ajoutée, à valeur interpellative, serait dans une couverture du Time zoomant sur les piles de cadavres à Auschwitz ou les crânes entassés par les Khmers rouges. Plutôt que le QUI, le QUOI de l’année.

Le 7 mai 1945, la Une du Time avait barré de rouge le portrait d’Adolf Hitler inaugurant la liste des «Wanted» dont ce X venait censurer l’existence. Pour le pire, le comble du pire, Hitler n’aura jamais été plus déterminant qu’au jour de la révélation des crimes qu’il avait commandités. Et tant que «the show must go on», les jurés auraient pu organiser une surréaliste remise d’un Oscar du meilleur «Totenkopf» au procès de Nuremberg. Le média est déjà le message, enseignait McLuhan.

C’est une initiative éditoriale instaurée en 1927, devenue un incontournable rendez-vous médiatique, et qui flatte certainement la vanité de la personne portée ainsi à la connaissance du village planétaire, mais qui conforte également le Time comme monument de la presse mondiale, précurseur du format magazine dès 1923 : avec le Prix Nobel, décerné «aux personnes ayant apporté le plus grand bénéfice à l’Humanité», la Une du Time est l’autre seule «récompense» généraliste universelle.

On peut rester sceptique quant à la méthode ou le sens même de ces étiquettes de ceci ou colifichets de cela. Il reste qu’un engouement médiatique s’est créé autour, organisant un système qui, depuis longtemps, s’alimente de ses propres satisfecits endogames. Ainsi va notre monde. Pour le meilleur ou pour le pire.

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