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Mamy Rajaobelina : « Tanà-Masoandro est vital pour le futur de la capitale »

Architecte urbaniste expérimenté et renommé, Mamy Rajaobelina avait dirigé le projet Grand Antananarivo, dont les analyses et recommandations restent d’actualité. En tant qu’expert indépendant, il donne son point de vue sur le projet urbain, Tanà-Masoandro et le choix d’Ambohitrimanjaka et Ambohidrapeto comme localisation.

• Pensez vous que ce projet Tanà-Masoandro est indispensable ? N’y a-t-il pas d’autres priorités ?

– Quel que soit le secteur économique, tout est prioritaire en ce moment. Le nouveau complexe urbain Tanà-Masoandro est, non seulement indispensable, mais il est surtout vital pour le futur de la capitale. Avec plus de trois millions d’habitants, Antananarivo est devenue une véritable région métropolitaine. La ville produit 42% du PIB (Produit intérieur brut). Sa population devrait doubler dans une quinzaine d’année. Nous ne devons plus subir une pression urbaine désordonnée. C’est le moment opportun pour lancer une opération d’envergure et contrôlée. Tanà-Masoandro est la chance et la voie pour sortir de cette promiscuité urbaine qui étouffe et paralyse Antananarivo.

• À qui ce projet profitera-t-il ?

– Ce projet profitera au grand nombre, à la population en quête d’emplois durables ou de logements décents, mais aussi aux compétences nationales en tous genres qui voient l’opportunité de s’exprimer dans des domaines aussi variés qu’offre un projet de développement urbain. On constate qu’il ne s’est plus passé quelque chose d’aussi grandiose dans le monde urbain malgache depuis plusieurs dizaines d’années. La dernière est la construction des cités de logements économiques, dans les années 60. Cependant, elles ne répondent plus au défi urbain
du 21e siècle, en passant par le grand dispositif hydraulique de protection de la plaine du Betsimitatatra
et les différentes rocades qui structurent le 2e cercle de l’agglomération d’Anta­nanarivo.

• Le choix du site fait face à de vives contestations. N’y avait-il pas une autre alternative de localisation ?

– Quel que soit le site choisi, il y aura toujours des remarques. Le choix du site d’Ambohitrimanjaka et Ambohidrapeto, résulte de l’étude d’une région dont la topographie et la géographie sont très contraignantes avec ses collines escarpées et ses plaines inondables. Les sites urbanisables hors de portée des crues sont constitués de chapelet d’ilots. C’est un facteur d’alourdissement des coûts d’investissement. Ce mouvement du « laisser aller », du tissu urbain continue de moduler cette interpénétration des paysages urbains et ruraux qui font certes, l’originalité d’Antananarivo, mais si cette cohabitation entre habitats et rizières génère toujours la discontinuité actuelle entre quartiers d’origine et zones d’extension, elle constitue également, une grande contrainte d’aménagement. Une nouvelle politique de planification et de maîtrise urbaine est devenue par conséquent indispensable. C’est le cas de Tanà-Masoandro.

• N’aurait-on pas pu choisir un site plus éloigné de la ville afin d’éviter les remous actuels ?

– J’ai vécu pendant plusieurs années en tant qu’expert en aménagement du territoire en Côte d’Ivoire. J’ai visité, à plusieurs reprises, la ville nouvelle de Yamassoukro reliée par une autoroute de 240km à Abidjan, capitale économique. Cette nouvelle capitale politique, projetée depuis l’époque du regretté Houphouet Boigny (ancien président ivoirien), au bout de plusieurs années, a du mal à fonctionner. Bien qu’il y ait de grandes réalisations, comme les larges avenues et d’imposants bâtiments (…), Yamassoukro m’a semblé être une ville fantôme, sans âme. Son grand éloignement d’Abidjan n’a pas attiré les investisseurs privés, même les services administratifs sensés y être déplacés sont restés a Abidjan. Je ne suis plus revenu à Yamassoukro, depuis dix ans, mais j’espère que les autorités ont solutionné le problème. Alors sachons tirer des leçons des expériences d’ailleurs. La localisation de Tanà-Maso­an­dro à Ambohitri­manjaka-Ambohidrapeto est un choix judicieux en termes de stratégie de liaison des différents pôles d’activités de l’agglomération urbaine.

• N’y a-t-il pas d’autre choix possible, plus judicieux ?

– Le salut d’Antananarivo n’est plus dans le noyau urbain intra-muros, c’est clair. Son développement doit maintenant se faire au-delà des limites actuelles que représente la rivière Ikopa, à l’Ouest. Pour tout dire, Tanà-Masoandro ne sera même pas suffisant pour absorber la croissance urbaine de la capitale. Il faudra, au moins, quatre autres zones de grandes extensions identiques dans un rayon de 15 km autour du centre actuel d’Antananarivo.

Les raisons du choix du site d’Ambohitrimanjaka-Ambohidrapeto sont multiples. La proximité relative avec le centre-ville, mais aussi, avec l’aéroport international d’Ivato, est un atout considérable pour réduire les coûts d’investissement en infrastructures et en transport. Une bonne mobilité urbaine sera ainsi assurée, facilitant la fréquentation complémentaire des équipements urbains de l’ancienne ville avec ceux du nouveau centre.

• Que voulez-vous dire ici ?

– Il faut que la capitale puisse mieux respirer dans une agglomération polycentrique, à l’instar de beaucoup d’autres villes, ailleurs. J’ajouterai aussi que, pour préserver l’âme et les fonctions motrices d’une ville traditionnelle de l’Imerina, le tissu urbain de Tanà-Masoandro doit absolument être raccommodé avec le tissu villageois d’Ambohi­trimanjaka et d’Ambohi­drapeto. Plusieurs routes doivent relier les villages environnants avec la future ville nouvelle. Cela devrait faciliter les déplacements vers le nouveau centre. Cette proximité, voire cette fusion du nouveau centre avec les communes environnantes est une des clés du succès des villes nouvelles de la région parisienne autour de Marne-la-Valléen par exemple.

• Dans ce cas, comment résoudre la question de la propriété foncière ?

– Il faut reconnaitre que la situation foncière est particulièrement difficile à Antananarivo. Les réserves foncières de l’administration publique, sont quasi nulles. Tout a été vendu. Le marché foncier est peu actif et pourtant, il existe quelques operateurs fonciers privés disposant de ressources très importantes et de parcelles très nombreuses comme les récents remblayages de Soamandrakizay, malgré le phénomène de rétention foncière en raison de blocages d’ordre sociologique comme vécus récemment avec les paysans-riziculteurs. Si on doit se limiter a ces considérations, il sera durablement compliqué pour l’État de se constituer des réserves foncières afin d’aménager des zones d’habitation.

• Quelle est la marge de manœuvre de l’État dans ce cas ?

– La démarche retenue actuellement reste transitoirement la meilleure. Il s’agit de faire un effort pédagogique pour aider les personnes concernées à comprendre et à concéder aux démarches administratives d’indemnisation, d’accompagner les villageois sur leurs nouvelles terres le cas échéant, de leur donner les considérations qu’ils méritent en leur accordant des compensations équitables. On sait que certains riziculteurs sont des métayers ou des occupants illicites. Voila l’occasion pour eux de devenir des propriétaires légaux. Il y a, par ailleurs, lieu, dans un avenir proche, de réformer sérieusement la législation foncière en relation avec le développement urbain. Des solutions existent pour la simplification et le raccourcissement des procédures trop répulsives et décourageantes a l’heure actuelle. Un opérateur foncier public national doit également, voir le jour aux cotés du développeur principal qui animera la création de Tanà-Masoandro. En même temps il sera indispensable de donner un souffle novateur aux acteurs urbains comme l’Agetipa, dont les méthodes de direction stagnent depuis presque 20 ans.

• Auriez-vous des suggestions pour la future ville nouvelle ?

– Fait rare, il s’agit d’un programme étatique d’envergure qui ne connait pas les interférences extérieures habituelles. Quand la concrétisation de ce projet démarrera convenablement, on aura démontré que nous pouvons concevoir et réaliser souverainement nos propres politiques de développement. Tanà-Masoandro, par ailleurs, est une formidable occasion pour promouvoir une ville durable, utilisant les énergies renouvelables. Je verrai bien une immense coulée paysagère verte, assurant la transition fonctionnelle entre la nouvelle ville et les villages environnants, par exemple. Je profite de cette interview, du reste, pour rappeler que l’Ordre national des architectes encourage les décideurs politiques et les organismes gouvernementaux à recommander les concours d’architecture dans ce type de programme, afin de promouvoir des solutions durables , d’excellence et responsables pour les aménagements, les ouvrages et les bénéficiaires.

17 commentaires

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    • FACEBOOK n’a jamais été une référence en expertise d’urbanisation surtout dans ce genre d’approche politico-technique et culturelle qu’on se le dise !

      • En effet. Facebook est devenu un vrai dépotoir « intellectuel » où les frustrés en quête d’une reconnaissance éphémère de leur « compétences » se donnent à coeur joie, et induisent en erreur une grande majorité de lecteurs qui ne sont pas plus intelligents pour comprendre qu’ils se font manipuler par des affirmations creuses.

  • Araka ny statistique izay navoakan’ny FES na Fondation Friedrich Ebert dia 4% monja no tsy nankatoa ny fanamboarana io projet Tana-masoandro io , ary dia 81% ny vahoakan’Antananarivo no nankasitraka tanteraka. Mazava izany fa dia olona vitsy an’isa tsy vonona ny hivoatra ihany sisa no mankahala sy manakana ny fivoarana eto. tsy tokony hametraka olana intsony izany amiko ny fanatanterahana io Tanàna vaovao io

    • 1- Tsy haiko oaloha t@ fomba ahoana no nanaovana izny statistique izany fa mino aho fa ireo 81% ireo tsy misy manana tany eny ambohitrimanjaka, mazava kosa angamba ny amin’iny
      2- Amiko manokana tsy misy olona handà ny fanitarana an’antananarivo, ny fanotaniana tokony valiana dia ny hoe inona no tambiny omena ireo tompon’ny tany fa raha ilay resaka bevoay ary andakira ary dia tena resaka angidina maniditsidina tsy ampy fandalinana mihitsy, raha onitra kely tsy hahavitana nininona hiteraka frustration ho an’ny tompon’ny tany fotsiny nefa ny fanjakana midradradradra hoe tanana tsara tarehy be ny hamboarina eo ambon’io tany kely ho vidiana mora io. Mila mesures d’accompagnement mantajaka io mba tsy hamoronantsika mahantra vaovao indray, ataovy occasion hampanakarena azy ireo izao fangalananreo ny taniny izao fa mba goavana koa ny anjara biriky entin’izy ireo ho an’ny tanamasoandro tanamasoandro io
      3- mora dia mora ny miteny rehefa tsy ny taninao no voakasika izao tery vay manta izao, ataovy matotra kokoa ny fifampiresahana fa tsy hita be hoe maika hanome fahafahampo antokon’olona ny fitondrana
      4- marina mihitsy ny zvt lazain’i mamy rajaobelina eto ny @ hevitra fomba hanitarana ny tanana vaovao sy ny fomba hampiraisana azy am renivohitra, mahatonga ny olona tsy resy lahatra dia satria « maladroit » ny approche n’ny fanjakana t@ io resaka fakana tanin’olona io, ankoatr’izany, be dia be ny olana maika tsy voavaha akory @izao fotoana izao tahaka ny jiro, ny rano, ny fako, ny tsena, tsy misy fifanomezatanana eo am samy fanjakana fa lasa otage ny adilahy politika ny vahoaka

    • Tsara izany rehefa nahatsapa ianao fa vitsy no mankahala sy manakana ny fivoarana eto amin’ny tanan’Antananarivo. Samy manana fahitany izany fivoarana izany anefa ny tsirairay. Fa raha fanotofana tanimbary izay foto-piveloman’ny tantsaha, sady harena sy kolo-tsaina eto ankibon’i merina no lazaina fa hampivoatra an’i Madagasikara dia ho gisitra eto foana isika. Manarak’izay, ny sondage nataon’ny FES izany dia tsy fantatra ny fahamarinany satria mila fantarina ny sokajin’olona nanaovany enquête. Amin’ny maha-olom-pirenena tsotra sy mponina eto Antananarivo ny tenako dia tsy mandalo kely akory ato an-tsaina ny hoe : io lemak’i Betsimitatatra io izany no ho totofana hanapotehana ny fiainan’ny tantsaha. Betsaka anefa ny tombon-tsoa azon’ny mponina manodidiana eo kanefa dia atao ambanin-javatra. « Atsipy ny tady eny atandrokin’ny omby, atsipy ny teny ao am-pony mahalala ».

    • CULTURE GENERALE A REVOIR AVEC L’ARTICLE 7 DES DECLARATIONS DES DROITS DE L’HOMME EN 1789 SUR L’ EXPROPRIATION QUI REPOSE SUR DEUX CONDITIONS : RAISON D’UTILITE PUBLIQUE ET INDEMNISATION DES EXPROPRIES . LE DERNIER SONDAGE D’OPINION DE LA FONDATION FRIEDRICH EBERT MET EN RELIEF QUE 81% DE LA POPULATION D’ANTANANARIVO EST FAVORABLE A TANAMASOANDRO DANS UNE SEULE OPTIQUE : DESENGORGER LA CAPITALE AVEC CETTE URBANISATION MONOCENTRIQUE NEFASTE ET A PRESSION FONCIERE INEXTRICABLE !

  • Il y a quand même de l’injustice dans ce projet : les propriétaires actuels seront indemnisés, payés au prix actuel du tanimbary. Alors même qu’en permettant la réalisation du projet, les parcelles qu’ils vont délaisser vaudront des millions d’ariary au m². Mais, ils n’en retireront pas ce bénéfice virtuel.
    l’expropriation pour cause d’utilité publique est justifiée pour l’installation d’infrastructures à usage public. Elle l’est moins pour les construction d’immeubles destinés aux particuliers et pour la promotion-spéculation-immobilière.

    • La création d’une ville nouvelle par essence rentre dans le cadre de l’expropriation pour raison publique . N’oublions pas il y aura « délocalisations » de principaux blocs administratifs étatiques , de représentations diplomatiques et d’infrastructures hospitalières entr’autres . Ne me dites pas que MARNE LA VALLEE dans la région Parisienne ne répond pas à vos critères sur l’expropriation . Maintenant faisons simple et prenons les calculettes 21 millions de dollars d’indemnisations prévues pour 737 habitants concernés …

    • La création d’une ville nouvelle par essence rentre dans le cadre de l’expropriation pour raison publique . N’oublions pas il y aura « délocalisations » de principaux blocs administratifs étatiques , de représentations diplomatiques et d’infrastructures hospitalières entr’autres . Ne me dites pas que MARNE LA VALLEE dans la région Parisienne ne répond pas à vos critères sur l’expropriation . Maintenant faisons simple et prenons les calculettes 21 millions de dollars d’indemnisations prévues pour 737 habitants concernés …

      • Effectivement, je ne maîtrise pas du tout le sujet de l’expropriation pour raison d’utilité publique et malheureusement je ne connais pas le problématique de la MARNE LA VALLEE. N’y étant jamais allé.
        Toutefois, ceux qui ne sont pas concernés pas l’expropriation verront la valeur de leurs parcelles flamber et s’enrichiront contrairement à ceux qui obligés de déguerpir.
        Une injustice de plus.

  • tsy namaky atramin’ny farany aho fa leo be mahita an’ilay fahaizana miresaka!!! i-désengorger an’Antananarivo? akisao lavitra ilay porjet, tsy voatery à 250 Km otran’ny tany côte d’ivoire fa efa tsy eto Antananarivo intsony izany. iza no hahazo tombony: ‘ireo izay tia hanana tarano fonenana tsara, maoderina…. firy isanjaton’ny Malagasy??? ary tena ho Malagasy ve? tsara ilay manapahaizana fa mila mijery koa ny fiarahamonina (faianakaviana mpamboly sy piompy marobe no ho lasa very asa, very fivelomana…. mamboly sy miopy no hainy fa tsy manadio trano, manao zaridaina, na miasa any @ zone franche!!!). akoaso any amin’ny toeran-kafa ilay projet ampisehoy ny fahaizanreo miresaka (ianareo raha teo enjana be @ resaka com) mba isotomana ireo lazaina fa mpanambola.

    • Resaky ny mpomba an’ i Ravalomanana no entinareo eto amin’ny fialonana sy fankahalana satria tsy zakan’ny lohanareo ny fahavitan’io Tanamasoandro io . Ianareo no tena « mpandrava  » fa tsy araky ny vava hoe  » mpanangana  » . Tsy misy manery anareo hamaky an’io lahatsoratra io fa raha mankarary fo mandehana ao amin’i Midi Madagascar misy an’ R . Eugene mpnao gazety tena ao hilainareo azy !

    • Resaky ny mpomba an’ i Ravalomanana no entinareo eto amin’ny fialonana sy fankahalana satria tsy zakan’ny lohanareo ny fahavitan’io Tanamasoandro io . Ianareo no tena « mpandrava  » fa tsy araky ny vava hoe  » mpanangana  » . Tsy misy manery anareo hamaky an’io lahatsoratra io fa raha mankarary fo mandehana ao amin’i Midi Madagascar misy an’i R . Eugene mpanao gazety tena ao hilainareo azy !

    • Ny mponin’Antananarivo ankehitriny hahazo tombony amin’io nouvelle ville io daholo, na mpomba an’iza ianao na mpomba an’iza. Tsy mila mipetraka na miasa any vao hahatsapa ny voka-tsoa. Vakio hatramin’ny farany fa voalaza mazava ao daholo ny antony.