Chronique

Tongasoa, François !

Bienvenue au Pape catholique en terre malgache. Trente ans après une première visite papale, le sous-développement de Madagascar ne s’est pas amélioré. Les pauvres, dont l’Église avait toujours fait son prochain, sont encore plus nombreux tout en semblant encore plus pauvres parce qu’un véritable fossé s’est creusé entre le lumpen prolétariat et une partie enrichie de la société malgache. ici, très précisément, «les peuples de la faim interpellent les peuples de l’opulence».

Cette dernière phrase est extraite d’un des seize documents du Concile vatican ii, la Constitution pastorale «L’Église dans le monde de ce temps» promulguée le 7 décembre 1965. en ce temps, l’Église catholique avait procédé à son aggiornamento, mot et initiative lancés par le Pape Jean XXiii qui avait convoqué le Concile le 25 décembre 1961.

Les évêques avaient théorisé certaines évidences frappées au coin du bon sens : «Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son coeur». Contrairement aux évêques, je ne sais par contre si c’est la nature sociale de l’humanité plutôt que la subconsience d’un Dieu qui a fait naître cette attitude fondamentale à la cohabitation en société.

Le Concile vatican ii avait érigé l’athéisme «parmi les faits les plus graves de ce temps» et entrepris de lui donner une définition exhaustive : «On désigne sous le nom d’a théisme des phénomènes entre eux très divers. En effet, tandis que certains athées nient Dieu expressément, d’autres pensent que l’homme ne peut absolument rien affirmer de Lui. D’autres encore traitent le problème de Dieu de telle manière que ce problème semble dénué de sens. Beaucoup, outrepassant indûment les limites des sciences positives, ou bien prétendent que la seule raison scientifique explique tout, ou bien, à l’inverse, ne reconnaissent comme définitive absolument aucune vérité. Certains font un tel cas de l’homme que la foi en Dieu s’en trouve comme énervée, plus préoccupés qu’ils sont, semble-t-il, d’affirmer l’homme que de nier Dieu. D’autres représentent Dieu sous un jour tel que, en Le repoussant, ils refusent un Dieu qui n’est en aucune façon celui de l’Évangile. D’autres n’abordent même pas le problème de Dieu : ils paraissent étrangers à toute inquiétude religieuse et ne voient pas pourquoi ils se soucieraient encore de religion» (L’Église dans le monde de ce temps, Première Partie, Chapitre Premier, Paragraphe 19).

Ne pouvant échapper à l’une ou l’autre de ces catégories si scrupuleusement détaillées, je n’en prétends pas moins qu’on peut pratiquer de soi-même le bien à l’égard de tous, rejetant «toute malice, toute fraude, hypocrisie, envie, toute médisance» (i Petr.ii, 1 ). e t trouver intuitivement, instinctivement, un peu de l’esprit des Béatitudes – «ni dépression dans la privation, ni orgueil dans l’abondance, ni avidité d’une vaine gloire» – juste par l’enseignement des philosophes et l’héritage des sages.

C’est donc avec cette distance, prudente si elle n’est pas sceptique, que je souhaite la bienvenue en mon pays, au Chef d’une Église qui peut prétendre à une universalité de fait et qui avait pu disputer aux princes, aux rois et aux empereurs, le pouvoir temporel, outre un magistère moral sur des centaines de millions d’hommes et de femmes de tous les pays. Tongasoa.

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