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Bemiray – « Pour que la mer ne soit plus la limite de notre rizière »

Les Britanniques ne feront jamais rien comme tout le monde : ils ont quatre équipes pour un seul pays en Coupe du Monde, ils roulent à gauche comme des chauffards en pays normal, ils claquent la porte à l’Europe sans trop savoir pourquoi, en Ecosse la tenue traditionnelle des hommes est la jupe, et à Londres le maire est un musulman bon teint, en ces temps souvent bien compliqués …

Success – Yes, he Khan!

Sadiq Khan, nouveau maire travailliste de la capitale, a une passion : la boxe. Quand on boxe, a-t-il l’habitude de dire, « on ne se bat pas. La boxe est un sport. Les techniques qu’on y apprend sont utiles au quotidien : être magnanime, rester en forme, savoir faire attention aux autres. La défense précède tout le reste, il faut savoir se défendre. Nous avons tous appris à boxer dans la famille ». Le père de cet immigré pakistanais conduisait le bus n°44, et se faisait souvent traiter de « Père Noël paki », peut-être à cause de sa barbe, par les voyageurs. Sadiq, lui, a su dès sa prime jeunesse se faire respecter, grâce notamment à la boxe. Et aujourd’hui, «mes deux filles n’ont jamais subi d’insultes ouvertement racistes ».
Sa carrière politique a réellement commencé au Palais de Westminster où, selon les témoignages de ses collègues députés, on le voyait pendant les temps libres plus souvent dans la salle de sport qu’à la cafeteria. Et quand, en mai 2015, il annonça son ambition d’être candidat à la mairie de Londres, beaucoup n’auraient pas parié un penny sur ce
« cheval » qu’on a souvent surpris, assistant à des réunions de groupes taxés, à tort ou à raison, d’être proches des islamistes. Mais Sadiq Khan plaide sa bonne foi : « Souvent on n’a pas la moindre idée des personnes qui y prennent la parole. Personne ne pourrait sincèrement penser que je cautionne les opinions débitées par tous les intervenants. Au contraire, j’ai clairement expliqué ce que je pense de ceux qui affirment avoir la même religion que moi, mais dont les opinions sont odieuses. »
Quand il était avocat dans un cabinet réputé, il lui est arrivé de défendre des clients « peu recommandables », comme Babar Ahmad accusé de soutien matériel au terrorisme, et dont l’extradition a été demandée en 2013 par les États-Unis. Là encore il joue la carte de la sincérité : « C’est un ami d’enfance, mais je ne suis jamais allé chez lui, ni lui chez moi. On ne se voyait qu’à la mosquée, et ce que je sais, c’est que son arrestation a fait beaucoup de bruit car il a été victime de violences policières. » À croire qu’il a magistralement su balayer toutes les appréhensions, puisque sa victoire fut écrasante.
Budget faramineux
Être maire de Londres est tout sauf rien, car il n’y a dans toute l’Europe aucune figure politique disposant d’un mandat individuel aussi vaste : il gère un budget faramineux de 16 milliards de livres, soit 20 milliards d’euros au bas mot, et a la haute main sur des secteurs aussi stratégiques que le logement, les transports, et l’aménagement du territoire. « Transpartisan » comme on commence à qualifier certains hommes politiques modernistes, il ne voit aucun mal à coopérer, même étroitement, avec un gouvernement conservateur, si c’est dans l’intérêt de sa ville. Mais plus british que Sadiq Khan, tu meurs ! Il s’est même permis une fois de sermonner le leader de son parti, James Corbyn, lequel n’a pas  chanté l’hymne national lors d’un meeting.
Air du temps oblige, que pense-t-il du terrorisme, d’autant plus que ses origines et sa religion ne peuvent que le placer au cœur du débat   Sadiq Khan condamne sans ambages toute ségrégation qui ne peut que faire le lit de l’extrémisme : « Nous avons trop privilégié le droit de chacun à sa propre culture, aux dépens d’une culture commune. Beaucoup de musulmans britanniques grandissent sans vraiment connaître une seule personne issue d’un autre milieu. » Après les attentats du 7 juillet 2005 à Londres, Tony Blair l’avait convoqué avec trois autres députés musulmans, pour leur dire que leur responsabilité était engagée. Il mit à mal le Premier ministre en lui répondant : « Je ne vous juge pas responsable du Ku Klux Klan. Pourquoi serions-nous responsables des terroristes du 7 juillet   »
En 2009, Sadiq Khan a été le premier musulman à entrer dans le Conseil privé de la Reine. Pour sa prestation de serment, Buckingham Palace avoua que les services de sa Majesté ne possédaient pas de Coran. Qu’à cela ne tienne, le nouveau promu apporta son exemplaire personnel. Long, long le chemin parcouru par celui qui n’est jamais sorti de son pays avant l’âge de 23 ans, et qui a dormi dans un lit superposé jusqu’à 24 ! Et, de vous à moi, comment ne pas envier le bonheur des Londoniens d’avoir un aussi bon Karana  ?

Le pont des Tsingy de Bemaraha qui fait partie de l’itinéraire à suivre pour découvrir cette forêt de pierres acérées.
Le pont des Tsingy de Bemaraha qui fait partie de l’itinéraire à suivre pour découvrir cette forêt de pierres acérées.

Découverte – Au fil du Manambolo

Là-bas dans l’Ouest, entre le Bongolava et Bemaraha, s’étendent les immensités du pays du Menabe parsemé de palmiers aux feuilles en éventail. C’est dans cet univers de silence aux airs de no man’s land que fainéantent les eaux du Manambolo, apportant, quand elles le veulent bien, le vert de la vie, au gré de leurs détours. La descente de ce fleuve en canoë est devenue un classique du tourisme d’aventure « soft ».
Le circuit se met d’emblée sous le signe de la diversité en faisant cap sur Ampefy et la région Itasy dans un décor d’anciens cratères et de champs basaltiques. À une centaine de kilomètres de là, Tsiroanomandidy est le point de départ d’un saut de puce pour Ankavandra. C’est là que commence la descente proprement dite, qui emmène le touriste de bivouacs en villages à travers un paysage déchiqueté par l’érosion. L’approche du massif de Bemaraha se sent à des signes qui ne trompent pas. Les habitations se font rares à mesure que la nature reprend la totalité de ses droits. Un moment très attendu est celui où les canoës s’engagent dans les gorges. C’est alors que tout d’un coup l’homme se sent dérisoire face à tant de majesté. Le fleuve coule sur une vingtaine de kilomètres entre des à-pics qui ont parfois entre cent et deux cents mètres de hauteur. On y distingue des ouvertures de cavernes menant à des galeries utilisées comme sépultures par les Vazimba. Et c’est le campement de Bekopaka, base de départ pour la visite des Tsingy suivant un itinéraire bien aménagé. Étrange caprice de la nature que cette forêt calcaire dont les fonds et les recoins foisonnent d’une vie insoupçonnée ! On en sort comme d’une cathédrale pour rejoindre Belo et la forêt primaire de Kirindy, de l’autre côté du fleuve Tsiribihina. Plantes médicinales, bois précieux, lémuriens, reptiles et oiseaux exotiques comme le coua géant, le vanga à queue rousse, ou la colombe à masque de fer. Et c’est le retour en milieu humain à Morondava, en passant par l’Allée des Baobabs, premier « monument naturel » de l’île. Plus d’une semaine s’est écoulée, difficile à croire…

vue, le 25 mai 1963 à Addis-Abeba, de la salle où se déroulent les travaux de la conférence des chefs d'Etat africains. / AFP PHOTO / STF
vue, le 25 mai 1963 à Addis-Abeba, de la salle où se déroulent les travaux de la conférence des chefs d’Etat africains. / AFP PHOTO / STF

Histoire – Quand l’OUA perdit son O

« L’Afrique noire est mal partie », disait l’agronome René Dumont dans un ouvrage devenu un classique. Avec le temps, on a fini par constater que, dans la mentalité de ses dirigeants successifs, le Continent a plutôt fait du sur place depuis ce 25 mai 1963 qui vit la naissance de l’Organisation de l’Unité Africaine. Cette date qui devait en valoir cent (iray toa zato ), a été marquée à Madagascar par une stèle nabote, au carrefour d’Anosy et d’Ambohidahy, que les automobilistes ont toujours passée dans la plus parfaite indifférence. À Addis-Abeba et au fil de son inutilité, le Palais de marbre érigé par Haïlé Sélassié a progressivement été occupé par la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, et n’a plus hébergé que des réunions très occasionnelles, tout en se dégradant à vue d’œil. Et ne voilà-t-il pas que, le vendredi 2 mars 2001, dans la ville libyenne de Syrte, l’OUA, généreusement patronnée par les pétrodollars de Khadafi, perdait une voyelle pour décider de devenir l’Union Africaine. L’Ivoirien Amara Essy, bras droit de Laurent Gagbo, était nommé au Secrétariat général à la place du Tanzanien de Zanzibar, Salim Ahmed Salim, dont la foi musulmane était un peu trop tiède au goût du Guide.
Le but inavoué du changement était de constituer une entité calquée sur l’Union Européenne que Kadhafi, avec sa proverbiale modestie, se serait fait un plaisir de présider, mais il ne faisait pas encore l’unanimité. Selon le principe de la présidence tournante, la place aurait bien pu revenir à Madagascar en 2004, ce qui explique la subite décision de l’Amiral de rempiler, à la surprise générale. Il ne s’agit, en fait pas, d’un poste où l’on travaille, mais plutôt d’un titre de prestige dont se sont parées en leurs temps d’éminentes personnalités connues pour leur mansuétude : l’Ougandais Idi Amine Dada, le Nigérian Sani Abacha, le Zaïrois Mobutu… La réputation d’un Président de l’OUA se jauge au nombre et au luxe des villas construites et meublées pour les trois ou quatre jours de Sommet. Elles ne sont pas perdues pour tout le monde par la suite, étant destinées à être revendues, à prix coûtant et plus souvent encore à perte, à divers grands dignitaires, quand ce n’est pas à leurs grandes et petites amies…
Depuis ses débuts, l’OUA a scrupuleusement évité toute ingérence dans les affaires intérieures des pays membres. Lors des tueries qui ont eu lieu en Ouganda ou en Sierra Leone, pendant les génocides du Burundi et du Rwanda, au plus fort des pillages qu’ont connus les deux Congo, ou encore quand le Zimbabwe a encouragé ses valeureux anciens combattants de la liberté à égorger les vieilles dames blanches, l’Organisation a pudiquement regardé dans l’autre direction. Chaque fois que les armes ont parlé, elle a courageusement fait appel aux casques bleus de l’ONU pour dénouer la crise, en Club respectable de Chefs d’États se targuant de ne jamais plonger  leurs mains dans le sang des autres.
La situation a changé du tout au tout à Madagascar durant les troubles de 2002 car il était question de sauver un membre du Club. La Grande Ile était alors mise au ban de l’Union, mais apparemment ne s’en portait pas plus mal. Le nouvel homme fort, une fois consolidé à sa place, eut même ce mot condescendant à l’endroit d’une Organisation à laquelle il n’appartenait pas encore : « Nous préférons travailler avec des nations puissantes. Si nous restons avec des faibles, nous serons toujours faibles comme eux. »
Au Sommet de Durban, un des premiers grands rendez-vous de la toute nouvelle Union Africaine, une sérieuse prise de bec opposa les présidents plus pragmatiques aux conservateurs comme Obasanjo et Bongo, pour qui être président est un droit acquis. Abdoulaye Wade est resté dans l’Histoire de la nouvelle Union en osant invectiver ses pairs en ces termes : « Qui d’entre vous, ici dans cette salle, a été élu selon les procédures démocratiques que vous réclamez avec autant d’obstination aux Malgaches   Combien d’entre vous ne tripatouillent pas les suffrages pour vous maintenir indéfiniment au pouvoir ?  »
La vérité dérange car elle est immuablement têtue, il y a quatorze ans comme dans deux. Comprenne qui pourra.

Un aperçu des évènements de mai 2002 avec quelques  manfestants brandissant des banderoles très expressives.
Un aperçu des évènements de mai 2002 avec quelques manfestants brandissant des banderoles très expressives.

Rétro pêle-mêle

Le tour d’une crise en 40 photos. Quoiqu’on puisse en penser, la crise politique de 2002 a été notre premier grand évènement du troisième millénaire. Trois photojournalistes ont eu l’idée de puiser dans leurs milliers de clichés, les quarante les plus représentatifs, et d’en faire une exposition avec la collaboration du Centre culturel américain. Ces talentueux témoins de l’Histoire sont Jean « Kelly » Randriamampianina de Midi Madagasikara, Kianja Ramamonjisoa et Hery Rakotondrazaka de l’Express de Madagascar. Le choix, nécessairement restrictif, n’a pas été facile, mais les faits les plus représentatifs de cette sombre période ont pu être sélectionnés et présentés dans un cadre en palissandre : les manifestations du Treize-Mai, les accrochages avec les forces de l’ordre, les affrontements entre le camp du KMMR et celui du KMDR, les barrages érigés par les « andrimasom-pokonolona » et celui autrement plus dramatique de Brickaville où même un tube d’aspirine ne pouvait plus passer, les centaines de camions bloqués de part et d’autre. La nature n’a pas voulu être en reste dans cette folie collective, avec les séries d’éboulements le long de la RN2, et les troncs d’arbre sectionnés sans retenue à Moramanga. La crise politique était aussi synonyme d’argent facile pour les vendeurs d’essence à la sauvette, et ceux de produits de première nécessité. À prendre ou à laisser. Les carcasses des ponts dynamités rappellent quant à elles que le pays est passé tout près de l’éclatement. Et pour clôturer le tout, les actes de vandalisme à Mahajanga pendant ce qui a été présenté comme une « libération », et l’acheminement sur la capitale des miliciens ratsirakistes défaits. Malheur aux vaincus…

Dans le bêtisier de la Francophonie, lors du Sommet de Beyrouth de 2002. Sur la photo officielle d’ouverture, le Président malgache s’est retrouvé « au centre et en couleurs », avec très exactement quatre de ses pairs à sa droite, dont Jacques Chirac modestement placé à l’extrémité, et quatre à sa gauche dont le Sénégalais Abdoulaye Wade, et le Secrétaire général sortant, Boutros Boutros Ghali. Mais que nous a valu cet honneur, alors que des dinosaures comme Eyadéma, Compaoré, et Bongo étaient relégués en deuxième ligne   Pour le comprendre, il fallait regarder du côté des pieds de ces Grands qui nous gouvernent : derrière chacun se trouvait un sticker de son drapeau national, très certainement pour aider l’illustre aréopage à se placer. Seules trois personnalités « n’avaient pas » de drapeau : Emile Lahoud, président du Liban (en tant qu’hôte il était automatiquement à la place d’honneur), Boutros Boutros Ghali (qui ne représente pas un pays), et… le Président malgache qui devait suer à grosses gouttes. Énorme bévue du service du protocole, ou oubli intentionnel de la part du Secrétaire général qui, on le sait, ne le portait pas dans son cœur   Nul ne le saura, mais par contre, on imagine facilement la suite de la scène, avec le Président libanais essayant de recoller les pots cassés : « Mon cher Président, mais venez donc près de moi, venez venez ! » Tout est bien qui finit bien, personne n’a trouvé à redire car dans la Francophonie, on est entre gens civilisés…

Textes : Tom Andriamanoro
Photos : L’Express de Madagascar – AFP

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