Editorial

FB nouveau PM

Les réseaux sociaux en particulier Facebook seraient-ils les interlocuteurs privilégiés de l’État ,le guide attitré du Président ? Il y a lieu d’y croire à en juger les réactions des autorités par rapport aux divagations des uns, des mirages des autres. Autant Rajaonarimampianina avait mis des boules quies en béton dans ses oreilles, autant Rajoelina a mis des oreillettes ultra-sensibles pour sentir les voix les plus basses. Les désirs de Facebook sont une volonté pour le Président. Comme s’il ne savait pas ce qu’il devait et ce qu’il voulait faire en arrivant au pouvoir. Certes, la performance des Barea a pris à contre-pied ceux qui ne connaissent que le penalty au foot, mais il ne fallait pas se faire souffler par les réseaux sociaux pour prendre des décisions. Cela prouve qu’on navigue à vue, au gré des événements, qu’on n’est pas du tout maitre de son destin. L’initiative d’affréter un avion pour soutenir les Barea aurait été excellente si elle avait été prise d’en haut sans attendre la pression des accros des réseaux sociaux. Du coup même le choix de ceux qui ont le privilège de voyager au pays des Pharaons au frais de la princesse a été dicté par ceux qui ont trouvé l’idée. Inévitablement tous les choix sont subjectifs par ignorance, par partialité. Finalement on emmène les copains et les coquins sans qu’aucun critère n’ait été établi. À moins qu’il ait été basé sur des questions politiques. Les mauvais choix tuent toute l’initiative et crée des frustrations de ceux qui croient avoir un mérite pour figurer dans la délégation.

Il est vrai qu’en terme de communication, affréter un avion et voyager avec un demi-millier de supporters donne une image on ne peut plus positive de celui qui est aux manettes quel que soit le résultat du match. Mais on sait que ce genre d’opération n’apporte rien au développement. D’autres priorités préoccupent la majorité de la population qui n’est pas soumise à l’omnipotence de Facebook.

Cette décision prouve qu’un seul homme décide de tout sans consulter le Premier ministre ni les membres du gouvernement. Le choix du nouveau patron du domaine de Mahazoarivo semble déjà fait à la lumière de la situation avant même la proposition des députés. Le nouveau PM se nomme Facebook et il est proposé par l’unanimité des parlementeurs.

Le pays dispose de toutes les institutions nécessaires pour le respect de la démocratie et la liberté d’expression. Cent cinquante et un députés viennent d’être élus pour rapporter la voix du peuple. L’État a grand intérêt à supprimer l’Assemblée Nationale s’il juge qu’il est devenu inutile et surtout budgétivore.
Se fier les yeux fermés aux réseaux sociaux risque d’exposer le pays à de graves dangers. Facebook est devenu juge avant le tribunal. Une personne accusée par Facebook n’a aucune chance de s’en sortir, de déclamer son innocence étant donné que les publications sont prises comme preuves irréfutables. Les témoignages et les preuves matérielles prouvant son innocence ne sont même pas pris en considération par les juges. Or, les vidéos et les bandes sonores et a fortiori les publications sur les réseaux sociaux n’ont aucune valeur juridique.

Le drame est que les dirigeants se laissent entraîner allègrement dans cette voie et ne mettent pas de limite aux bornes à ne pas dépasser. Un État doit toujours afficher sa personnalité, pérenniser son indépendance, prendre ses distances avec la justice populaire pour se faire respecter. Du moins si c’est cela l’objectif.

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