Editorial

Les potes du pénitencier

Hallucinant. La réalité dépasse parfois la fiction. Des taulards malgaches ont réussi à exécuter à la perfection le plan échafaudé par Wenworth Miller (Michael Scofield) et son frère Dominic Purcell (Lincoln Burrows) pour s’échapper dans le mythique « Prison Break ». D’Ambatondrazaka à Ihosy, en passant par Arivonimamo et Ambatolampy, ils ont fait la malle. Certains ont été aussitôt repris. D’autres sont encore dans la nature. En plein dans le déconfinement total.

La vétusté des Maisons centrales, aux murs faciles à perforer, l’effectif réduit des agents pénitentiaires, tout aussi mal équipés, par rapport au nombre des prisonniers qui vivent dans la promiscuité absolue, ont été des raisons avancées pour expliquer cette envie de prendre un peu d’air chez les captifs. Un syndicat des « matons » a émis le souhait de créer un Secrétaire d’État propre à eux. Afin de mieux maîtriser la situation. Mais des contraintes budgétaires du côté du gouvernement n’ont pas permis de faire sauter les verrous de l’incompréhension.

Car prévenus, détenus et condamnés sont logés dans la même enseigne. Le Président de la république Andry Rajoelina, en visite dans l’enfer d’Antanimora, la première de l’histoire pour une personnalité de son rang, a été le témoin privilégié des conditions presque inhumaines, à la limite du soutenable, dans lesquelles vit une surpopulation carcérale à l’essor incompressible. Il n’était pas le seul à s’apitoyer sur le triste sort de ces brebis galeuses de la société.

Puisque dehors, l’extrême pauvreté vécue dans les quartiers peu fréquentables, conduit souvent de simples gens, livrés à eux-mêmes, à commettre l’irréparable. Des crimes et délits en tous genres. Avant le Président de la république, des diplomates des pays étrangers, des membres de la société civile, ont été écœuré par ce qu’ils ont vu et constaté à Antanimora. Il est impossible d’envisager une quelque réinsertion sociale pour ramener sur le droit chemin ces âmes égarées.

Andry Rajoelina a accordé la grâce présidentielle à ceux et celles qui en avaient le plus besoin. Il a ordonné le traitement des dossiers en instance depuis des années dans les meilleurs délais. Malgré ces directives présidentielles, aucune mesure concrète n’a été prise pour désengorger ces cellules pleines à craquer. Ce qui aurait coûté sa place au Garde de sceau, ministre de la justice, le « vétéran » Jacques Randrianasolo, remplacé au mois de janvier par « l’expressif » Johnny Andriamahefarivo. La venue du coronavirus justifie cette nécessité de dépeupler ces prisons, endroits propices à la propagation du mal.

L’autre motif à l’origine de ces capharnaüms aura été ce penchant des juges à prononcer comme verdict le mandat de dépôt. Le fameux MD. Ce qui devait être l’exception devient la règle. Sans compter la corruption qui infeste le système judiciaire dans ses rouages. Bien huilée en plus.

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