Chronique

Architecture – Cherchez l’intrus !

Le « Kianja Masoandro » ou l’inspiration étrangère dans un nouveau monument à Anatirova.

Les balles fusent de tous les taillis, mais elles sont toutes du même calibre, et se focalisent sur le Kianja Masoandro dont l’architecture qualifiée de romaine n’aurait pas sa place au Rova d’Antananarivo. On n’a pourtant pas beaucoup entendu ces défenseurs du patrimoine dans la sauvegarde de l’authenticité historique de la Ville Haute, à la différence de la Fondation Heritsialonina qui s’investit dans la préservation du Tanana Ambony de Fianarantsoa.

Mais qu’est-ce qui, avant le Kianja et mises à part les cases, relève du « kolontsaina » malgache d’une part, et des conceptions européennes ou étrangères d’autre part, dans ce site historique ? Faisons-en le tour des propriétaires que nous sommes tous, en commençant par le Tombeau des Reines. Son Tranomasina s’éloigne totalement du style de la maison traditionnelle malgache. Il semblerait que James Cameron ait été influencé par la période Regency où se retrouvent toutes les tendances possibles.

Les historiens attribuent généralement la paternité du premier Tranovola au Mauricien francophone Louis Gros, alors que d’autres penchent pour trois charpentiers d’Andrianampoinimerina du nom de Rabetsira, Andrianavalonatsimahadiso, et Andrianaivoramahazo. Ce qui est sûr, c’est que le commanditaire, Radama I, s’est inspiré des maisons créoles qu’il a découvertes à Toamasina et qui l’ont séduit. Le deuxième Tranovola, œuvre de Jean Laborde, a été construit sur le même modèle, mais en plus grand.

Manampisoa est un bâtiment-charnière entre deux périodes, celle du bois et celle de la pierre. Son plan de base a été établi par Cameron sur le modèle d’une croix grecque. Le fronton surplombant l’entrée principale est supporté par des colonnes corinthiennes. Les fenêtres vitrées à guillotine sont protégées à l’extérieur par des contrevents à persiennes.

Le Temple du Palais est le meilleur exemple d’une architecture importée dans sa totalité. La London Missionary Society avait nommé William Pool comme son architecte et maître d’œuvre, au détriment de James Cameron qui fut affecté à Manjakamiadana. Au style gothique proposé par Pool, Ranavalona II préféra le style italien. Mullens, secrétaire à Londres de la LMS, envoya alors un plan préliminaire pour cette réalisation qui, avec l’accord de la Reine, devait surpasser en beauté les églises commémoratives.

Le Palais de pierre de Manjakamiadana rassemble les éléments de l’architecture classique en vogue en Europe au XIXe siècle. L’inspiration étrangère est donc, ici aussi, totale. En dehors des tours empruntées au christianisme importé par les missionnaires, les trois niveaux comportent sept travées pour les longs côtés Est et Ouest, et cinq pour les deux autres. Avec leurs arcs, leurs piliers, leurs pilastres, leurs chapiteaux sculptés, les façades ne laissent aucune place à la tradition architecturale malgache.

Terminons comme il se doit ce tour par le Palais Masoandro de Ranavalona III qui ne dépassa pas le stade de ses fondations en béton à la romaine. La construction avait été confiée à Rigaut sur des plans élaborés par Bouts. Il devait être du style Renaissance française, mais le destin en décida autrement. Le samedi 27 février 1897 à 20 heures, le commandant Gérard accompagné de Rasanjy pénétra dans le salons de Tsarahafatra où résidait la Reine. Quatre heures lui furent données pour préparer ses bagages. À deux heures du matin, Ranavalona quitta le Rova dans le secret d’un filanjana aux pans rabattus, escortée par des soldats commandés par le lieutenant Durand. Il pleuvait.

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