Chronique de Vanf

Valeur universelle exceptionnelle

Si la promotion de la Culture et la défense du Patrimoine étaient à l’image de l’assiduité studieuse des nombreux étudiants venus participer au débat sur «La valorisation du patrimoine» organisé par l’IFM (Institut Français de Madagascar), la Culture et le Patrimoine connaitront un meilleur sort que sous notre génération, qui a tout de même vu l’incendie du palais d’Andafiavaratra (1976) et celui du Rova d’Antananarivo (1995).

Faire se tenir une journée en quelques lignes est une gageure qui oubliera certainement au passage des considérations plus accessoires, le plus gros morceau ayant été la conférence sur la candidature de la Haute-Ville d’Antananarivo au Patrimoine mondiale de l’UNESCO. Oui, malgré l’incendie de 1995, malgré les permis de construire de tout et surtout n’importe quoi, malgré la dégradation du vieux bâti, la ville collinaire, qui est en fait la «vraie» Antananarivo, garde ses chances : architecture singulière, paysage urbain historique, ensemble urbain cohérent et de grande qualité patrimoniale.

Pour l’essentiel de l’argumentaire, rien dont nous n’aurions pas discuté ici depuis vingt-cinq ans. «Je pense, donc je suis», avait pu dire Descartes : «Je suis différent, donc je suis», «Je suis culturel, donc je suis différent», avions-nous toujours proposé en valeur ajoutée à la mondialisation et son corollaire d’uniformisation, étant entendu que la Culture et le Patrimoine offrent les moyens les plus puissants de différenciation d’une Ville et de son peuple.

À ranger plutôt parmi les handicaps à cette candidature l’érection d’une statue géante intempestive et trop contemporaine de la «Vierge Marie» dans la cour de la cathédrale d’Andohalo alors même que la succession des clochers chrétiens qui rythment le paysage de la Haute-Ville depuis la deuxième moitié du 19ème siècle, et dès avant la colonisation, signait le cachet de l’Antananarivo contemporain du Manjakamiadana tout de pierres revêtu. Nécessaire, mais suffisant.
À exhumer de dessous le béton la source historique d’Antsahatsiroa et son bassin d’eau problablement antérieurs à 1610 et la conquête d’Andrianjaka, tant on reconnaît un site princier à ce couple de Rova en éminence et de puits sacralisé.

À empêcher dorénavant, ce que le bon sens déjà récusait, toutes ces nouvelles constructions, publiques et privées, qui dénaturent la cohérence architecturale de la Haute-Ville : les amateurs de gratte-ciels, qui prétendent concurrencer la visibilité de Manjakamiadana, n’ayant qu’à planter les fondations de leur Burj Khalifa et de leur Empire State Building dans la plaine sans cesse remblayée du Betsimitatatra, du Laniera ou du by-pass.

En 1972, Antananarivo était sans doute trop occupé à incendier l’Hôtel de Ville. Mais, l’histoire jugera pourquoi, Madagascar ayant enfin adhéré à la Convention pour la protection du patrimoine culturel et naturel en 1983, l’inscription de la Haute-Ville d’Antananarivo n’aura été envisagée qu’en février 2016, en tous cas bien après l’incendie du 6 novembre 1995.

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