Notes du passé

Fantasme et désillusion

La fertilité de la région Vatomandry-Mahanoro entraine beaucoup de déceptions.

Les Notes poursuivent ce jour, au cle résumé de l’étude réalisée par Jean Fremigacci sur La colonisation à Vatomandry-Mahanoro, Espérances et désillusions (1895-1910), publiée dans la revue Omaly sy Anio de 1976 (lire Note du 31 mai). Il reprend notamment une phrase écrite par le gouverneur général Gallieni. Ce dernier soutient dans son Instruction du 22 janvier 1899, que « la pacification reste incomplète tant que les Français, à travers les colons, ne prennent pas possession des terrains de culture qu’ils exploiteront avec la collaboration des indigènes ».

Ce que renforce le chef du district de Vato­mandry, l’administrateur Demortière. « Le but à atteindre, qui est l’essor des exportations, pourra être atteint en aidant de tout notre pouvoir les colons sérieux et surtout, en stimulant leur zèle en portant à la publicité, dans nos rapports, les efforts faits et les résultats acquis. Des tournées fréquentes nous tiendront en contact continu avec eux et nous permettront, du moins nous l’espérons, d’obtenir d’excellents résultats dans le district de Vatomandry. »

Le commandant du territoire croit bon de surenchérir à l’intention du gouverneur général : « Presque tous les colons du district de Vatomandry sont des gens sérieux, travailleurs, avec lesquels l’administration a rarement des difficultés. Ils savent qu’ils peuvent compter sur le concours complet du chef du district. »
Dans son étude, Jean Fremigacci indique que ce postulat- la nécessité de colons qui s’ajoute à la méconnaissance d’un milieu difficile- explique « l’optimisme débordant » qui transforme toutes les publications officielles en autant d’ouvrages de propagande plus ou moins fantaisistes. Il cite alors les Guides-annuaires publiés à partir de 1898 qui permettent à eux seuls de « dresser un florilège ». Dans celui de 1899, on lit concernant Vatomandry-Mahanoro, que son climat convient admirablement aux cultures tropicales qui, tentées dans les riches territoires de la province, réussissent parfaitement.

Le Guide cite alors la vanille qui vient particulièrement bien et fait l’objet de transactions appelées à un accroissement certain. Le café qui se cultive bien et dont certains planteurs obtiennent un bon rendement. Le caoutchouc Ceara, l’hévéa, para ou Castilloa, qui vient très bien… Le cacao prospère, poursuit le Guide-annuaire , si bien que les plants abandonnés se développent tous seuls. « Il donne des résultats très rémunérateurs, aussi est-ce une culture d’avenir.» La canne à sucre a une vigueur remarquable. Le thé prospère également, « comme le montrent les essais du Mauricien Meurs sur le Bas-Mangoro », etc.
Jean Fremigacci évoque, par ailleurs, la grande affabulation du Guide 1900 qui affirme l’existence d’une grande route côtière d’Andevoranto à Mananjary en passant par Mahanoro, avec des bacs fonctionnant régulièrement, ou d’une route Vatomandry-Beforona, large de six mètres. Finalement, la vérité se fait bientôt jour : en 1900, la grande route n’est qu’un chemin et la route de Beforona n’a plus que trois mètres de large. « C’est à cette date que commence la fin des illusions. »
Le « vénérable Journal Officiel » lui aussi n’est pas en reste, car on peut lire, dans le numéro du 6 avril 1901, que « les vallées… conviennent merveilleusement à la culture des plantes tropicales telles que vanille, café, cacao, girofle, caoutchouc, canne à sucre, qui y croissent avec vigueur. Ces régions, pourvues de voies fluviales, sont susceptibles de devenir des centres de production importants.
Les résultats obtenus par quelques colons sont concluants et on peut affirmer que tout planteur qui se consacrera sérieusement à son entreprise est assuré du succès ».

D’après Jean Fremigacci, cet optimisme surprenant traduit également le fait que l’agronomie en est à ses premiers balbutiements, comme le montrent les incertitudes et les erreurs qui parsèment l’ouvrage L’agriculture sur la côte Est de Madagascar publié en 1901 par Prudhomme, directeur de l’agriculture à l’époque de Gallieni. Car, déclare l’auteur de l’étude, il prône bien à tort la culture du cacaoyer, « une des plus recommandables dans cette partie de l’ile ».
Prudhomme juge, en effet, que le climat et les sols sont favorables au cacaoyer. Ce qui est une double erreur, insiste Jean Fremigacci qui pense que les raisonnements du directeur régional de l’agriculture, se révèlent inquiétants, frôlent même le non-sens économique puisqu’ils « se situent dans le cadre artificiel d’une économie administrative où les conditions de production sont déterminées par l’état de la réglementation ».

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