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Editorial Opinions

Ironie du sport

Les Barea balayés 6 à 1 à Mahajanga par la RD Congo en éliminatoires de la CAN 2017 hier à Mahajanga. Bien que déjà éliminés, la déroute des Barea laisse perplexe, étant donné qu’en 1999 et en 2000, la RD Congo avait essuyé une raclée, 3 à 0 et 3 à 1 à Mahamasina.
Dès le départ, on a laissé entendre que le match n’avait plus d’enjeu et qu’il servait de préparation pour la Cosafa Cup. C’est donc l’esprit avec lequel on a abordé le match qui a laissé à désirer. Comme s’il n’y avait pas en premier lieu, l’honneur national à défendre pour une équipe nationale quelles que soient les circonstances, quel que soit le contexte, quel que soit l’enjeu. C’est la base même de l’esprit du sport qui a été bafoué. Si les dirigeants, les techniciens, les joueurs ne sont pas animés par cette motivation élémentaire, on aurait mieux fait de déclarer forfait pour ne pas essuyer un tel affront
C’est la plus lourde défaite jamais enregistrée par une équipe nationale à domicile. En 1980, le Club «M» avait été étrillé par les redoutables Lions Indomptables du Cameroun, 5 à 1 à Douala mais avait mis un point d’honneur pour gagner le match retour à Mahamasina, 2 à 1 ( buts de Kira et d’Alban) pour sortir la tête haute.
Cette humiliation contraste avec la victoire du Serbe Novak Djokovic aux Internationaux de France de tennis à Roland-Garros , hier. Après trois finales perdues, il est parvenu à ses fins, à coups de persévérance et de combativité en dominant l’Ecossais Andy Murray gagnant le seul titre du Grand Chelem qui manquait à sa riche collection. «J’éprouve une immense fierté de représenter mon pays partout où je joue», devait-il déclarer après sa victoire à Paris où l’hymne serbe a retenti pour la première fois. Avant lui, d’autres grands joueurs comme les Américains John Mc Enroe et Pete Sampras, le Suédois Stefan Edberg ne se sont jamais imposés à Roland-Garros, malgré leur classe mais ils ont toujours essayé jusqu’ à la fin de leur carrière.
Les Barea se sont couverts de ridicule à un moment où le monde entier rend hommage au plus grand boxeur de tous les temps, l’un des plus grands sportifs du dernier siècles en l’occurrence Mohamed Ali , Cassius Clay de son nom de descendant d’esclave. Ali était tout un symbole, au delà de son palmarès unique auréolé de cinquante six victoires dont trente-sept avant la limite pour soixante et un combats. Le seul adversaire qui l’aura mis K.O à l’issue d’un combat à trente-deux reprises (une reprise dure un an) s’appelle Parkinson.
Mohamed Ali incarnait à la fois les valeurs sportives et humaines malgré un tempérament de feu et d’excès de langage que son pays a fini par reconnaître après l’avoir condamné pour son refus d’aller au Viet-Nam. L’étoile d’Ali est la seule à ne pas être incrustée au sol au Walk of fame mais accrochée au mur. Il est détenteur de la médaille de la liberté, plus grande distinction attribuée à un civil aux États- Unis. Tout cela a été fait bien avant sa disparition, étant donné qu’on sait que parcours est unique, que son talent est unique et qu’il représente une icône à l’image de celui du Roi Pélé, de Michael Jordan, de Magic Johnson, de King Carl Lewis, de Michael Jackson, d’Usain Bolt … Comme par hasard , les dieux du sport et de la musique sont tous noirs.
Ce n’est pas avec la piètre mentalité des Barea qu’on peut compter arriver à un tel niveau de reconnaissance, de respect et de crédibilité. Il n’est pas étonnant que les dirigeants se désintéressent du sport en général et du foot en particulier, s’il ne fait que couvrir d’opprobre la nation entière. Au point de mettre tout le monde dans le même sac et d’ignorer qu’Il y a un équivalent de Mohamed Ali à notre échelle en l’occurrence le sprinter Jean- Louis Ravelomanantsoa, recordman du monde du 60 m yard,  finaliste olympique aux J.O de Mexico en 1968. C’est le seul athlète au monde à avoir gagné jusqu’à aujourd’hui un 100 m à handicap (il partait avec un recul de quelques mètres) en Australie où il reste une légende.
Jean- Louis Ravelomanantsoa est sans conteste aucun le plus grand sportif de tous les temps et mérite qu’on lui accorde plus de considération que les distinctions honorifiques que la première République lui avait données. Une rue, un stade, un palais doit porter son nom pour qu’il reste à jamais dans l’histoire et dans les mémoires. La fête nationale constitue une bonne opportunité pour rendre hommage à ceux qui font honneur d’une manière ou d’une autre au pays. Il faut aller plus haut que l’estrade d’un podium, avoir une meilleure vision que l’illusion d’un feu d’artifice. Il y a mieux à faire que la promotion de nouveaux généraux. Les seuls à être dotés d’étoiles, bien pâles pour le moment.

Sylvain Ranjalahy

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