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Seule la paix est sainte

Le pape François se dit prêt à se rendre à Moscou, pour discuter d’une cessation du conflit en Ukraine avec Vladimir Poutine. La démarche n’a rien d’incongru venant d’une Église dont le prestige mondial est certain.

Rien de surprenant non plus, puisque voilà cinq ans, ce que je me plaisais à rappeler dans une Chronique du 3 mai 2017, après les attentats contre des églises de la minorité chrétienne copte d’Égypte, le Pape avait conclu son discours, à l’université al-Azhar du Caire par cette sentence : «Seule la paix est sainte».

Au vingtième jour de ce conflit qui en dure maintenant soixante dix, François avait fait parvenir un message en ce sens au président russe, dont il attend toujours une réponse.

Déjà, le 12 avril 2016 à Cuba, le pape François et le pope Kirill, chef de l’église orthodoxe russe s’étaient rencontrés, mettant fin à un ostracisme réciproque. C’était la première rencontre entre un Pape catholique et un «Patriarche de Moscou et de toute les Russies» depuis 1054, date du schisme entre les Églises d’Orient et d’Occident. Pourtant, le 7 décembre 1965, un premier rapprochement avait été entamé par la déclaration commune du pape Paul VI et du patriarche Athénagoras 1er de Constantinople.

En attendant de pouvoir discuter avec Vladimir Poutine, le pape François a ajourné sa rencontre avec le patriarche Kirill, critiqué pour son soutien affiché à l’opération militaire russe en Ukraine. Grande première, la Commission européenne propose d’ailleurs d’inclure le patriarche de Moscou dans la liste des 58 personnalités russes à condamner pour leur implication dans le conflit ukrainien.

Au début de la guerre du Donbass, en 2014, le patriarche Kirill avait appelé à «prier pour que personne ne puisse détruire la sainte Russie en lui enlevant l’Ukraine, dont la capitale, Kiev, est le berceau de l’orthodoxie russe». Et la reconnaissance, en octobre 2018, par le patriarche de Constantinople, Bartholomée, d’une église autocéphale orthodoxe d’Ukraine, avait entraîné une rupture entre l’Église orthodoxe russe et le patriarcat de Constantinople.

Pourtant, le 16 mars, Kirill a discuté avec le pape François et le primat de l’église anglicane, l’archevêque de Canterbury, Justin Welby. Et, à l’occasion de la Pâque orthodoxe, dimanche 24 avril, le pape François avait écrit au patriarche Kirill : «Que l’Esprit Saint transforme nos coeurs et fasse de nous de véritables artisans de paix»

«Le Pape, c’est combien de divisions ?», avait demandé Staline. Très certainement plus de catholiques que les 100 millions que revendique le patriarche de Moscou et de toutes les Russies. Mais, ce dernier n’en demeure pas moins un acteur majeur parmi les acteurs religieux engagés dans une dynamique parallèle aux surenchères verbales des chefs d’État et complémentaire des négociations plus discrètes des diplomates.

Neuf cent onze ans (1054-1965) pour aboutir à une déclaration commune, cinquante et une autres années (1965-2016) pour une rencontre. Le chemin de la réconciliation est définitivement plus long que la fulgurance d’une excommunication ou la précipitation d’une déclaration de guerre.

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