Opinions

Laconisme – Cent jours de rêve plus tard

Onirique. Ce mot peut renfermer les espoirs déçus des supporters et les « attentes » des adversaires qui s’expriment avec ironie sur les réseaux sociaux après la péremption de la période de grâce qu’on tente de renouveler avec, cent jours plus tard, le meilleur moyen de surdosage de rêves : un autre show. Rêver a beau être un privilège universel mais quand on a trop plané dans le paradis artificiel issu des visions idylliques qui constituaient la chair des promesses électorales, le retour sur terre est comparable à un baiser de l’enfer.
Atteint de la maladie du sommeil et réduit à une léthargie à l’état avancé, notre esprit critique est impuissant face à l’invasion des rêves implantés par des tirs calculés. Armes de séduction massive, les munitions oniriques peuvent être les instruments de l’escalade dont le sommet est le pic du pouvoir : la disette intellectuelle générale est favorable à l’effet hypnotique des rêves. Ne nous étonnons plus si ce sont les distributeurs de rêves qui arrivent au pouvoir aux dépens des réalistes dont les discours ont du mal à briser la barrière hermétique que les rêves ont rendue inexpugnable.
Et la chute est tout sauf salutaire. Une croyance vivace et aussi prodigieuse que la foi en le Père Noël ne nous quitte pas : croire que cent jours suffisent à redonner la vie à une situation de désolation (matérielle et mentale) laissée par des décennies de dévastation. Les efforts humains sont insuffisants, la métamorphose ne peut être effective que dans les rêves.
Car que croyait-on ? Que comme Midas, on pouvait transformer en or la pourriture accumulée par des années de carnage (environnemental, mental, …) ? À entendre les discours populistes aux couleurs de l’onirisme, acclamés à chaque période électorale comme celle que nous traversons, les orateurs posséderaient le don qui a été la vaine quête des alchimistes : la capacité de métamorphoser le plomb en or. On doperait alors nos réserves d’or pour juguler l’inflation qui menace de pourrir le beau temps apporté par l’annonce de l’augmentation du Smig.
Ne pas quitter l’univers des rêves, c’est toujours fonder les espoirs sur de telles croyances surnaturelles, sur des supposés pouvoirs
magiques qui guériraient instantanément un cancer avancé sans passer par le stade laborieux de la chimiothérapie.
Depuis ces années où comme des gourous de secte qui endormissent les crédules à coup de promesses aussi belles que celles qui peuplent nos rêves, ceux à qui on a confié le soin du pays nous ont tous emportés dans les vagues de leurs délires lunaires. À l’issue d’un grandiose concours de télé-crochet, le meilleur illusionniste a reçu la consécration suprême.
Cent jours plus tard, l’illusion est annihilée mais son immensité n’est pas effacée par les quelques efforts fructueux entrepris, qui sont occultés par l’étendue de la surface onirique implantée dans les esprits et le lourd poids d’un sentiment de désappointement, multiplié par l’énormité de l’attente surnaturelle placée en la magie promise, écrase notre réveil qui est d’une grande brutalité. Comme Little Nemo (W. McCay), on finit sur le sol.
Si seulement ces rêves étaient aussi productifs que ceux que fit Descartes la nuit du 10 au 11 novembre de l’année 1619, date de la conception du cartésianisme.
Après l’expérience de la déception, conséquence de la croyance en la guérison spontanée, l’heure est au retour à la réalité et à l’enlèvement du filtre onirique pour juger la situation avec un regard objectif, dépourvu de l’extrémisme du fanatisme.

par Fenitra Ratefiarivony

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