Accueil » Chronique » La voix jésuite
Chronique

La voix jésuite

Ouvert en 1888 à Ambohipo, le collège jésuite de Saint-Michel allait migrer à Ampariabe après l’arrêté n°73 du 1er novembre 1896 : «la propriété sise à Ampamoloana, au Nord d’Imahamasina, est donnée en pleine propriété, au vicariat apostolique français». La présence d’un «famoloana», où l’on bat les gerbes et sèche les grains de riz, confirme simplement la réalité d’un «Antanimbarinandriana», les rizières royales et princières (les terres du futur Collège Saint Michel appartenaient à la princesse Ramasindrazana et au prince Ramahatra), en bordure du lac Anosy créé sous le règne de Radama 1er (1810-1828).

«Le récit d’une bataille s’attache, d’ordinaire, aux idées et aux démarches du général victorieux ; il ne s’attarde guère aux faits et gestes d’une piétaille obscure et anonyme», écrit le Jésuite Adrien Boudou en conclusion de son livre «La Mission de Tananarive» (1941). De fait, les noms des «Monseigneurs» jésuites, Jean-Baptiste Cazet (1885-1911), Henri de Lespinasse de Saune (1911-1928), Étienne Fourcardier (1928- 1947) et Victor Sartre (1948-1959), sont indissociables de l’implantation du catholicisme à Madagascar avant le sacre des deux premiers évêques malgaches, des prêtres séculiers, Mgr Ignace Ramarosandratana (1939) et Mgr Édouard Ranaivo (1958).

Les Jésuites ont toujours connu une histoire mouvementée : bannis des possessions portugaises (1759), supprimés en France (1764) et dans les colonies espagnoles (1767), leur Compagnie fut même dissoute par le Pape Clément XIV (1773) avant d’être rétablie par le Pape Pie VII (1814), après près d’un demi-siècle de clandestinité. À Madagascar, les R.P. Jean de Puybaudet (en janvier 1962) et Sylvain Urfer (en mai 2007) furent expulsés pour un trop grand «engagement», respectivement dans l’enseignement social de l’Église et auprès de la société civile.

Les Chroniques du RP Rémi Ralibera (1926-2008) et les éditoriaux du RP Prospère Ratovomananarivo, également dans l’hebdomadaire «Lakroa», s’inscrivent dans cette singularité morale et intellectuelle qui n’est pas toujours comprise. Mais, c’est dans ces moments là qu’on est le plus fier d’être un Ancien des Jésuites quand, dans le «silence sépulcral», soudain leur voix se fait entendre : ici, pour contester l’implantation d’un pylône du projet de téléphérique dans la cour de Saint-Michel et le survol de la cour d’un Collège qui accueille 4000 élèves, comme l’a précisé le Recteur du Collège, le RP Jean de Dieu Randrianaivo.

Depuis la cour de Saint-Michel, ce téléphérique est censé rejoindre la Haute-Ville d’Antananarivo en empiétant sur le parvis de la cathédrale d’Andohalo. À la fin du XIXème siècle, c’est un autre Jésuite, Jean Mazars, qui avait «monté» les 416 marches de l’escalier qui permet de franchir les quelques 200 mètres de dénivelé, entre Mahamasina (église Saint-Joseph) et Andohalo (la cathédrale).

Dans ses Mémoires (pp. 73-74 et 104), Mgr Victor Sartre (1902-2000), archevêque d’Antananarivo de 1948 à 1959, parle du projet d’une autre cathédrale «plus grande et plus accessible». Son prédécesseur, Mgr Étienne Fourcadier, avait décliné l’offre d’un terrain à Analakely (usine Pochard ou l’emplacement de la gare qu’on prévoyait de déplacer à Soanierana). Son successeur, Mgr Jérôme Rakotomalala, fit établir «un plan plutôt grandiose» dans la plaine d’Anosy : «Trop beau sans doute et certainement tardif». Sa conclusion, fataliste, constitue une ode à la bâtisse d’Andohalo qu’on doit à un autre Jésuite, Alphonse Taïx : «Il est peut être mieux que la cathédrale d’Andohalo demeure la cathédrale de Tananarive avec son histoire, son esthétique et l’inappréciable trésor que sont les restes sacrés de la Bien heureuse Victoire Rasoamanarivo» (depuis le 30 septembre 1989).

Dans son ultime opus («L’engagement politique des églises», Foi & Justice, 2021), Sylvain Urfer s.j. devait rappeler l’appel lancé aux évêques de Madagascar par le premier Pape jésuite, François, lors de sa visite à Madagascar en septembre 2019 : le «mordant évangélique».

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter