Editorial

Délestade

77 millions de dollars pour un stade. Et alors? D’aucuns trouvent que c’est scandaleux, que les priorités doivent être l’électricité et l’eau, que c’est du gaspillage. Eh bien non, non et non. D’abord parce que s’il est un domaine qui a pu faire en un tournoi ce que les politiciens, les religieux, les promoteurs touristiques… n’ont pu faire en un demi-siècle grâce notamment au parcours des Barea à la Can 2019, c’est bien le sport. Depuis l’époque du sprinter Jean-Louis Ravelomanantsoa, on n’a jamais atteint tel niveau. Pour capitaliser cet acquis et l’améliorer il faut bien des infrastructures.

On a toujours reproché à l’État de faire du sport un détail, pour la première fois il est devenu une priorité. Le sport n’a jamais eu un tel regard. Même les ministres successifs ont été des bouche-trous du gouvernement pour le besoin de l’équilibre régional, politique ou ethnique du cabinet. Les dernières infrastructures construites datent de 1990 pour le stade de Mahamasina et de 1997 pour le Palais des sports dont on a salué l’arrivée et qui fait la fierté de tout le pays. Personne ne peut dire qu’ils sont inutiles puisqu’aussi bien les sportifs que les religieux, les militaires, les commerçants et les artistes s’en servent. Aujourd’hui, quand on veut organiser un événement sportif majeur, on présente les mêmes infrastructures vielles de trente ans. C’est la raison pour laquelle l’organisation des prochains jeux des îles nous a échappé au profit des Maldives.

Il faut cesser de percevoir le sport comme un simple loisir ou un passe temps. Avec une population composée à 65 % de jeunes de moins de 25 ans, miser sur le sport équivaut à développer tout l’homme et tout homme. Men sana in corpore sano disent les latins. Des esprits sains dans des corps sains aidera à diminuer les clients des hôpitaux. Les pays les plus sportifs ont le moins de malades. Investir dans le sport c’est donc faire un placement pour la santé.

Voilà pourquoi la construction d’infrastructures sportives doit être considérée comme un projet de développement à l’image de la construction d’une école ou d’un hôpital. Et la pauvreté n’est pas une excuse pour ne pas s’y mettre. Le Jamaïque et le Bahamas aussi pauvres que nous misent carrément sur le sport comme diplomatie.

L’économie du sport apporte beaucoup à ces pays et le sport constitue un tremplin social pour les athlètes. Il suffit de voir l’épanouissement des joueurs des Barea pour réaliser que le sport est une vie, un métier. Et les conditions sont bien meilleurs que celles des fonctionnaires ou des cadres du secteur privé.

Et un stade, c’est un investissement pour la ville, une ouverture sur le monde, un placement rentable dans les perspectives de rencontres internationales. Avec le futur stade des Barea, on pourra accueillir toutes les grandes équipes du monde.

Le tourisme c’est aussi le sport aujourd’hui. Les grandes compétitions de foot font déplacer des millions de gens tout comme les Grands prix de formule 1, les tournois de golf.. Et ce n’est pas pour rien si la corruption a pris sa place dans la désignation du pays organisateur du Mondial de football ou des Jeux olympiques. Les grands pays ont compris l’enjeu économique de l’événement.

Des stades, on en veut même si on peut construire dans tous les fokontany. C’est mieux que les bars et les kiosques à paris.

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