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Chronique

Dichotomie malgache

«Un mois de reportage dans l’Ouest de Madagascar. Huit bareas attrapés à la corde et domptés. Treize bêtes au départ de la transhumance, dix à l’arrivée. Trois régions traversées: Melaky, Menabe, Bongolava. Sans le soutien des autorités car toute cette zone (d’Antsalova à Mahatsinjo) est classée «zone rouge» par les forces de l’ordre. Un peu moins de 300 kms parcourus à pied en dix jours. Deux nuits dans un village dahalo de Mata­viakoho». C’est l’annonce par un photographe professionnel d’un prochain documentaire photo à paraître dans le célèbre magazine GEO : 93 gigas de photos…

«Appel de détresse. La Région Melaky a besoin de secours. Trois jours successifs, les dahalo n’ont cessé de tabasser les passants empruntant la route reliant Maintirano à Tambohorano. Un mort et plusieurs gravement blessés»: cet appel de détresse a été relayé par plusieurs personnes, vraisemblablement originaires de la région. L’appel insiste par ailleurs sur les richesses «oubliées» de la région: Bemolanga, Tsimiroro, Juan de Nova…

Quand les Mahaleo, à vingt ans, chantaient «Rahoviana Bemolanga»… Et qu’aujourd’hui, largement sexagénaires, les rescapés du groupe pour­raient encore entonner «Rahoviana Tsimiroro»: à quand Tsimiroro?

Les réalités de la Grande île sont à l’échelle de l’île-continent qu’est Madagascar. Il y a des occurrences qui peuvent facilement fasciner surtout depuis le desk d’un magazine basé à Paris, New York ou Berlin. Une «curiosité», l’existence des dahalo, dont se passerait volontiers les habitants des régions où ils pillent, violent et tuent, depuis plusieurs décennies. Certains diraient «depuis la nuit des temps», conférant à ces activités criminelles la légitimité improbable d’une tradition, d’une coutume, d’une culture.

Depuis mon desk nomade d’Antananarivo, ce qui m’interpelle, c’est la permanence d’un mode de vie: la transhumance. Quels en sont les impacts sur l’environnement? Comment réagissent les populations sédentaires des régions sans cesse «traversées» par ces autres «gens du voyage»? Que savent les autorités de ces migrations continuelles qui devraient concerner, tout au moins, les renseignements démographiques, les fiches de domiciliation, les listes électorales.

Depuis le Néolithique, c’est-à-dire tout de même 10 000 ans, les populations se sont fixées pour s’adonner, d’abord à l’agriculture. L’idée de vastes ranchs, émise par un ancien Président de la République, me revient à l’esprit sans que je sache exactement si ç’aurait pu être une bonne idée. Plutôt que de courir après le pâturage, comme de vulgaires gnous, monter son foin. Le même président avait pu dire d’un homme gardant un boeuf solitaire: lequel était le maître, du boeuf ou du bouvier.

En ces temps de ferveur patriotique autour de l’équipe nationale de football, des zébus en libre transhumance, sans maître, au gré de leurs instincts, sont plus conformes à l’image d’indépendance qu’on se fait des vrais barea (ou baria), les derniers boeufs sauvages.

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