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Chronique

Délestages de la honte, excuses d’État

Comble de l’humiliation pour une société de fournitures d’électricité que son hashtag #Jirama soit systématiquement «identifié» à #Délestage. Il y a quoi, quarante, quarante-cinq ans, il y avait de ces sociétés auxquelles il était bon d’appartenir. Le grand-père à la Jirama, une tante à la Solima, une cousine à Air Madagascar. On leur imaginait des «avantages» : réduction sur la facture, paquet de tickets carburant, «Gé-Pé» pour Paris. Coïncidence que ces trois sociétés-là soient celles le plus en difficultés quarante ans plus tard ?

D’autant plus incompréhensible qu’à l’époque, tout marchait si bien. J’ai toujours été intrigué par ce geste japonais de faire s’excuser en public les autorités et les responsables après de graves incidents dans un service public ou même de simples désagréments causés à une clientèle commerciale. Une profonde et longue inclinaison devant tout le monde. Plus réel et moins symbolique que la minute de trente secondes de silence. En réparation morale d’un délestage de 24 heures, 24 minutes de courbette ?

Le communiqué d’excuses est machinal. Trois heures quotidiennes de délestage tournant. Tout à l’heure, vingt-quatrième heure en cours. Ailleurs, après les précipitations un peu diluviennes de samedi, le jeudi d’après, certains quartiers sont toujours dans le noir. Et nous parlons d’Antananarivo-Renivohitra, un peu du «Grand Tana». Plus loin, c’est au-delà.

Dans une carrière, les précédentes réalisations peuvent être reven­diquées, brandies même. Mais, quand on a été Directeur Général de la Jirama, traîne-t-on en casserole son incapacité notoire à enrayer le délestage et sa lâcheté à n’avoir jamais dénoncé l’incohérence de la politique nationale d’énergie ?

Quelle sorte de récompense est-ce d’être nommé Ministre de l’Énergie après avoir été Directeur Général des délestages (ou vice versa) ?

Ré-investir les ressources (dont une cotisation mensuelle de chaque client-usager au Fonds National de l’Énergie Durable) de la compagnie dans la «R&D» plutôt que dans l’attribution d’avantages et la distribution de dividendes : c’est à quelle ligne de quel Curriculum vitae de quel Directeur Général de la Jirama et de quel Ministre de l’Énergie ?

Et pourtant, s’il n’y pas de plan décennal de l’énergie, s’il n’y a pas programmation d’un semblant de vision d’indépendance énergétique, comment le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, ou le Président, de la République et du Conseil des Ministres, seraient-ils au-dessus de tout reproche. Si on ne sait toujours pas emmagasiner en lacs l’eau de pluie avant qu’elle ne se perde inutilement à la mer. Tant qu’on ne contraindra pas chaque exploitant forestier à planter cinq arbres de la future forêt dès qu’il abat un seul arbuste.

Aussi longtemps qu’on aura l’énergie contem­plative du soleil, du vent, de la mer. Et la décentralisation. Et l’aménagement du territoire. Et le contrôle de la natalité. Du jour où, le Président de la République devra présenter des excuses pour les délestages, plutôt que de toujours promettre de lointaines inaugurations, on aura tous enfin la même idée du scandale inqualifiable des délestages : une honte.

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