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Chronique

Le bon vieux temps

Homme du passé, peut-être; homme du passif, certaine­- ment pas. Toujours est-il qu’on peut s’interroger pourquoi je me coltine ces vieux «Gazety» de novembre 1921. Un certain J. Pigneguy, établi à Toamasina, faisait ouvertement réclame de bois précieux (voamboana, hintsina, nato madinika) disponibles en son exploitation forestière de la baie d’Antongil. À Tananarive, la maison bien connue, S. Ottino, faisait savoir qu’elle achetait du cuir pour sa tannerie de Tanjombato tandis que J. Brossette, d’Ambatondrazaka, vantait ses cuirs «chevreaux et boxcalfs». E. Hèche, place Colbert, sommait de n’acheter que ses montres Moeris. Un peu plus loin, dans le même quartier d’AntaninareninaAmbatonakanga, rue Amiral Pierre, son concurrent G. Genoud annonçait plus sobrement «Solomaso, Famanta­ranandro, Firavaka». Il y a cent ans, les boutiques de céans n’étaient pas encore apanage des Hindous, mais les consommateurs ciblés étaient déjà bel et bien malgaches. Une sorte de «division internationale du travail»: si Jean-Baptiste Rajaona, ancien médecin des hôpitaux de l’Assistance Médicale Indigène (AMI), avançait sa «médaille d’argent à l’Exposition coloniale de Marseille pour ses travaux sur les «plantes médicamenteuses» de Madagascar; des artisans d’art «mpanefy vifotsy» étaient sollicités par les sieurs Goldoni & Dechamp, qui tenaient usine à l’Est de la gare, petite vitesse, Soarano.

1921-2021: il y a une explication scientifique au passéisme, qui s’accen­- tue, très naturellement sans qu’il faille en nourrir un complexe, avec l’âge. «Les seniors se sentent en sécurité dans des environnements familiers» dit le psychologue Serge Ciccoti. «Dans le présent, explique-t-il, nous sommes plus sensibles au négatif qu’au positif, tandis que la mémoire retient le positif et oublie le négatif».

Parfaite illustration de la «théorie de la sélectivité socio-émotive» que les «années Ratsiraka», 1975-1982. Je suis de la génération de bacheliers qui ont fait le SNHFAP: un «service national» au grand désespoir de parents qui craignaient, à juste titre, de (joyeuses) mauvaises rencontres et maudissaient une année sabbatique qui contrariait des plans établis bien avant les années socialo-nationalistes. Pourtant, notre génération ne revendi­que-t-elle pas, sur le mode folklorique, comme une expérience que ne peuvent pas connaître les moins de quarante cinq ans, les queues matinales pour les PPN: kapoaka de brisure de riz, cuillerées d’huile alimentaire, «cornets» de sucre non raffiné, morceau de savon artisanal…

Je ne m’encombre pourtant pas que des journaux officiels de 1921. «L’effet de positivité: un aspect intri­guant du vieillissement» est un article pas plus vieux que 2009, commis par Cécile Guillaume, Francis Eustache et Béatrice Desgranges, dans la Revue de Neuropsychologie. Outre des concepts que j’essaie d’ingérer en diagonale («saillance des émotions positives», «effet de congruence à l’humeur»), j’ai noté cette phrase que je me promets de vraiment comprendre ultérieurement: «Tandis que chez les sujets jeunes, l’amygdale est principale­- ment connectée aux régions visuelles postérieures, la connectivité fonction­- nelle avec le cortex visuel diminue chez les sujets âgés au profit de connexions avec le cortex cingulaire antérieur ventral».

Mais, pourquoi donc, pour essayer de comprendre le «complexe amygda­lien», je me retrouve avec une publi­cation de l’INSERM: «Le stress dans tous ses états»? J’en ai retenu que le stress, concept introduit en 1936 par le physiologiste Hans Selye, est admis comme un facteur ou processus favorable aux «maladies cardiovascu­laires, les troubles de l’humeur et de l’anxiété, les désordres métaboliques, les pathologies auto-immunes et inflammatoires et les troubles musco­losquelettiques». C’est que l’amygdale (ou complexe amygdalien) constitue un ensemble de noyaux situé dans le lobe temporal médian, une région impliquée dans les intégrations émotionnelles.

Bref. 1921-2021. La «théorie de la sélectivité socio-émotive» a compris que chacun dirige son attention vers des pensées ou des souvenirs positifs lorsqu’il se rend compte que le temps qui lui reste à vivre est limité. Intervien­nent des notions trop neuro-psycholo­giques pour je me les approprie ici: «filtre positif», «biais de positivité», «effet d’effacement». Le tout au profit des souvenirs positifs, dont s’alimente en énergie, par simple instinct de survie, l’âge toujours plus avancé.

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