Farquhar n’avait jamais songé à vous dicter sa loi », précise Chardenoux que Radama connait depuis son enfance puisque ce traitant mauricien a fréquenté la Cour de son père. Le premier émissaire de Sir Robert Townsend auprès du roi merina s’emploie avant tout à effacer la mauvaise impression née des propos de Thomson, agent mauricien à Toamasina (lire précédentes Notes). Il affirme alors au jeune roi : « Aucun danger ni de guerre ni même d’interruption du commerce des esclaves. » Puis, comme il écrit dans son Journal, il précise : « Je l’ai rassuré sur ce point en lui disant que Son Excellence ne m’avait envoyé que pour faire alliance avec lui. » Chardenoux profite de ces explications pour glisser néanmoins quelques mots contre la traite et introduire l’objet de futures négociations, mais avec « la plus extrême prudence et une indéniable habileté » : « À la vérité, les Anglais n’achetaient point des esclaves parce qu’ils ne s’en servaient point et préféraient l’emploi des gens libres… Mais maître de faire chez lui ce que bon lui semblait… Farquhar n’avait jamais songé à dicter à Radama des lois… » Une allusion qui ne peut échapper à ce dernier qui, lui aussi, répond habilement à l’envoyé du gouverneur anglais en parlant de sa répugnance à vendre ses esclaves, mais « qu’il les employait à cultiver ses terres ». Une réplique assez claire pour que Chardenoux estime prudent de ne pas pousser plus loin la conversation sur ce sujet », font remarquer Ludvig Munthe, Charles Ravoajanahary et Simon Ayache (« Radama Ier et les Anglais :les négociations de 1817 d’après les sources malgaches- Sorabe inédits », Revue d’études historiques Omaly sy Anio, 1976). Ils soulignent aussi que la réaction de Radama confirme la pensée du gouverneur de Maurice : avec lui, seule une démarche d’amitié peut aboutir « ne serait-ce qu’à un gage, mais tangible et de confiance mutuelle ». Chardenoux réussit à le convaincre que Robert Farquhar ne désire que « de coopérer à son bonheur et lui prouver les moyens d’augmenter la culture dont son pays était susceptible ainsi que ceux d’y introduire la connaissance des arts des Européens en l’engageant à lui confier des enfants de sa famille pour être élevés à Maurice ». Radama y consent après avoir fait procéder à un serment de sang entre les deux nations, à travers son Premier ministre Ralala, côté merina, et Chardenoux, côté mauricien. D’ailleurs, il hésite une semaine entière durant laquelle, anxieux, il consulte sa famille, ses ministres, ses devins. Voici comment Chardenoux explique sa position. « Ils avaient toujours été les amis des Blancs, de père en fils, affirmait-il, sa seule satisfaction était de pouvoir les imiter en tout… Mais malgré lui, il avait toujours la crainte qu’en envoyant à Maurice soit ses ministres, plus encore ses frères, on les y retienne ou on les fasse périr pour venir ensuite lui faire la guerre, ce qu’on lui a toujours fait craindre. » Surmontant ses propres appréhensions, passant outre l’opposition de ses conseillers et les lamentations de sa mère, il envoie ses propres frères, Ratafika et Rahovy, auprès du gouverneur Farquhar à Maurice. Mais durant tout leur séjour, ils seront accompagnés de quelques très hauts personnages de la Cour, Rampola, Ramanohy, et surtout Ratsilikaina. Mais la veille de leur départ, on lie encore les Anglais par un serment du sang. Néanmoins, dès le lendemain, l’angoisse de Radama le reprend. « Pressé par sa mère, par les membres de la Cour, tous aussi inquiets que lui, il écrit aussitôt à Chardenoux et à ses ministres, alors que l’escorte se trouvait encore à quelques kilomètres de la capitale, pour leur rappeler leur devoir… de bien s’occuper des enfants. » Chardenoux arrive, cette fois encore, à le rassurer, mais surtout la divination (sikidy) le persuade de laisser ses frères poursuivre leur voyage. Selon les trois auteurs, cette première lettre en arabico-malgache écrite par Radama, sorte de préface au Sorabe de 1817, éclaire déjà le caractère de Radama, ses attitudes personnelles et politiques face aux Anglais. Ils font alors une comparaison. Après 1820, peut-être sous l’influence de James Hastie, le roi merina se montre un « esprit fort » au sens de ce terme au XVIIIe siècle européen. Par contre, en 1816, « il est encore sous l’emprise des croyances ancestrales et fait appel aux procédés mystiques de la divination pour tous les évènements importants de sa vie d’homme et de roi. » Ce qui explique, affirment-ils, sa confiance dans l’art et le rôle de ses devins, « plus particulièrement des Ombiasy antemoro », appelés à Antananarivo par Andrianampoinimerina, pour être ses conseillers puis ceux de son fils qu’ils entourent.
Farquhar n’avait jamais songé à vous dicter sa loi », précise Chardenoux que Radama connait depuis son enfance puisque ce traitant mauricien a fréquenté la Cour de son père. Le premier émissaire de Sir Robert Townsend auprès du roi merina s’emploie avant tout à effacer la mauvaise impression née des propos de Thomson, agent mauricien à Toamasina (lire précédentes Notes). Il affirme alors au jeune roi : « Aucun danger ni de guerre ni même d’interruption du commerce des esclaves. » Puis, comme il écrit dans son Journal, il précise : « Je l’ai rassuré sur ce point en lui disant que Son Excellence ne m’avait envoyé que pour faire alliance avec lui. » Chardenoux profite de ces explications pour glisser néanmoins quelques mots contre la traite et introduire l’objet de futures négociations, mais avec « la plus extrême prudence et une indéniable habileté » : « À la vérité, les Anglais n’achetaient point des esclaves parce qu’ils ne s’en servaient point et préféraient l’emploi des gens libres… Mais maître de faire chez lui ce que bon lui semblait… Farquhar n’avait jamais songé à dicter à Radama des lois… » Une allusion qui ne peut échapper à ce dernier qui, lui aussi, répond habilement à l’envoyé du gouverneur anglais en parlant de sa répugnance à vendre ses esclaves, mais « qu’il les employait à cultiver ses terres ». Une réplique assez claire pour que Chardenoux estime prudent de ne pas pousser plus loin la conversation sur ce sujet », font remarquer Ludvig Munthe, Charles Ravoajanahary et Simon Ayache (« Radama Ier et les Anglais :les négociations de 1817 d’après les sources malgaches- Sorabe inédits », Revue d’études historiques Omaly sy Anio, 1976). Ils soulignent aussi que la réaction de Radama confirme la pensée du gouverneur de Maurice : avec lui, seule une démarche d’amitié peut aboutir « ne serait-ce qu’à un gage, mais tangible et de confiance mutuelle ». Chardenoux réussit à le convaincre que Robert Farquhar ne désire que « de coopérer à son bonheur et lui prouver les moyens d’augmenter la culture dont son pays était susceptible ainsi que ceux d’y introduire la connaissance des arts des Européens en l’engageant à lui confier des enfants de sa famille pour être élevés à Maurice ». Radama y consent après avoir fait procéder à un serment de sang entre les deux nations, à travers son Premier ministre Ralala, côté merina, et Chardenoux, côté mauricien. D’ailleurs, il hésite une semaine entière durant laquelle, anxieux, il consulte sa famille, ses ministres, ses devins. Voici comment Chardenoux explique sa position. « Ils avaient toujours été les amis des Blancs, de père en fils, affirmait-il, sa seule satisfaction était de pouvoir les imiter en tout… Mais malgré lui, il avait toujours la crainte qu’en envoyant à Maurice soit ses ministres, plus encore ses frères, on les y retienne ou on les fasse périr pour venir ensuite lui faire la guerre, ce qu’on lui a toujours fait craindre. » Surmontant ses propres appréhensions, passant outre l’opposition de ses conseillers et les lamentations de sa mère, il envoie ses propres frères, Ratafika et Rahovy, auprès du gouverneur Farquhar à Maurice. Mais durant tout leur séjour, ils seront accompagnés de quelques très hauts personnages de la Cour, Rampola, Ramanohy, et surtout Ratsilikaina. Mais la veille de leur départ, on lie encore les Anglais par un serment du sang. Néanmoins, dès le lendemain, l’angoisse de Radama le reprend. « Pressé par sa mère, par les membres de la Cour, tous aussi inquiets que lui, il écrit aussitôt à Chardenoux et à ses ministres, alors que l’escorte se trouvait encore à quelques kilomètres de la capitale, pour leur rappeler leur devoir… de bien s’occuper des enfants. » Chardenoux arrive, cette fois encore, à le rassurer, mais surtout la divination (sikidy) le persuade de laisser ses frères poursuivre leur voyage. Selon les trois auteurs, cette première lettre en arabico-malgache écrite par Radama, sorte de préface au Sorabe de 1817, éclaire déjà le caractère de Radama, ses attitudes personnelles et politiques face aux Anglais. Ils font alors une comparaison. Après 1820, peut-être sous l’influence de James Hastie, le roi merina se montre un « esprit fort » au sens de ce terme au XVIIIe siècle européen. Par contre, en 1816, « il est encore sous l’emprise des croyances ancestrales et fait appel aux procédés mystiques de la divination pour tous les évènements importants de sa vie d’homme et de roi. » Ce qui explique, affirment-ils, sa confiance dans l’art et le rôle de ses devins, « plus particulièrement des Ombiasy antemoro », appelés à Antananarivo par Andrianampoinimerina, pour être ses conseillers puis ceux de son fils qu’ils entourent.