Chronique

Zanatany : enfants, vraiment, de ce pays ?

«Welcome back home», c’était, il y a deux ans (14 août 2017), le titre d’une Chronique saluant le rapatriement en terre malgache de la dépouille de Fong Po Thune : Fong Po Thune est mort à Hong Kong. Mais, sa dépouille sera rapatriée à Madagascar. Et comme le dit si bien le faire-part en malgache, malgré une coquille orthographique : «ny nofo mangatsiaka dia ho tonga eto an-tanindrazany» : «la dépouille sera de retour en sa patrie».

Fong Po Thune, patron du célèbre magasin de l’avenue de l’indépendance, «Samkocwa», était le représentant attitré des «Sinoa Zanatany», ceux qui sont nés à Madagascar et qui ont décidé de s’y faire enterrer. Quitte à se faire rapatrier de la lointaine enclave de Hong Kong. Il était également le fondateur de l’association «Amitié Madagascar-Chine» ce qui souligne, non pas l’ambiguïté du statut des «Sinoa Gasy», mais plutôt le paradoxe d’avoir à être en quelque sorte les ambassadeurs en terre malgache, donc chez eux, non pas d’un pays, la Chine, dont ils n’ont pas la nationalité, mais d’une Culture.

Ces derniers jours, deux autres «Zanatany» (enfants de ce pays) sont également morts pour être ensevelis en leur terre d’adoption, Madagascar.

Marcel Joannès Monloup, né en 1927, est mort à La Réunion le 27 août 2019, avant d’être rapatrié à Madagascar le 3 septembre pour rejoindre le caveau familial à Analapanga-Soavina. Le nom de Marcel Monloup, Grand Officier de l’Ordre National malgache, restera associé à la société Hazovato et au lotissement industriel Forello que prolonge dorénavant le Domaine résidentiel du Grand Soavina. Pour la construction de cette résidence, ses promoteurs ont refusé de s’adapter à la configuration accidentée du terrain, se privant de la vue qu’auraient offert les hauteurs d’Isoavina, avec vue panoramique sur les rizières de la rive gauche de l’Ikopa. À altitude d’eau, et à l’Ouest de la colline, comme tracée au cordeau dans la plaine, s’étire la digue séculaire d’Ivahilava qui relie Anosizato-Andrefana, Ankadivoribe, Beravina et Ampahitrosy.

Pierre Marie Jude Bernard Dennemont, décédé le 27 août 2019 en terre malgache, a également rejoint la terre malgache. Dennemont (comme Hoareau ou Nativel) est un patronyme familier à nos îles de l’océan Indien, et dont les traces, à Madagascar, peuvent remonter au tout début de l’époque coloniale : l’état-civil garde la trace de mariages à Maroantsetra (1908), Fianarantsoa (1911) ou Tananarive (1924).

Le nom Dennemont restera, lui, associé à celui de «La Hutte Canadienne», que je pensais cantonnée aux poulets de chair, alors que «Gusto» propose, avec l’embonpoint suggestif du personnage homonyme dans le dessin animé «Ratatouille», «Henakisoa sy Ravitoto, Henakisoa sy anana, Henakisoa sy voanjobory, Henakisoa sy tsaramaso, Hena omby ritra, Rougail saucisse» ; et que La Landaise laisse le choix entre magret, foie gras, saucisse Francfort, bacon fumé, cervelas pur porc, terrine de sanglier au vin…

Rapide «Obituary», moins pour rendre hommage que par témoignage. Parce que, et malgré le succès très métissé des «Barea», nous demeurons viscéralement insulaires dans l’âme. Des siècles de cohabitation entre différentes ethnies n’ont pas perméabilisé la zone de confort de l’endogamie, toujours privilégiée à l’aventurisme de rapports avec tout étranger (au clan, au groupe, à la race). Pour ces Chinois, Vazaha et Karana, déjà de la troisième ou quatrième génération, la question de leur malgachéité continue d’être régulièrement posée. Zanatany, ou «enfants de ce pays» : sauf que certains demeurent moins enfants que d’autres.

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