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C’est la faute à Prométhée

Prométhée, selon la version platonicienne du mythe dont il est le centre, arma la race humaine du symbole de la technique : le feu qu’il a dérobé à Héphaïstos. Éternel ami des humains, un point qui fait l’unanimité dans toutes les versions du mythe, il a ainsi réparé le produit du crétinisme de son frère Épiméthée qui s’est chargé de la répartition des qualités et des défauts parmi les animaux.

Ce sont les « dons » (rapidité, force, ailes, …)partagés « sagement » selon le benêt Épiméthée, tout fier d’avoir composé un écosystème parfait qu’aucune menace ne peut atteindre : un souci d’équilibre aurait présidé la distribution. Tous les dons disséminés, une créature est pourtant oubliée : l’homme qui se retrouve démuni, nu… à la merci des autres animaux. Son salut ne peut passer que par le vol du feu: la technique seule était la clé de la survie.

Mais dépourvu de sens politique, l’homme ne sut utiliser ce pouvoir, usurpé aux dieux, à bon escient. En usant de la technique pour asseoir sa domination sur la Terre, l’homme apporta la destruction : l’équilibre qui régentait l’écosystème parfait, créé par Épiméthée, se mit alors à vaciller. La nature, visée par les actions de l’homme, est secouée.

Car le feu apporta aussi la liberté. Cette notion dont sont dépourvus les autres animaux, chacun soumis à un déterminisme, leurs « dons » les condamnent à un programme défini à l’avance : l’abeille est prédestinée à la fabrication du miel tout comme le célèbre exemple du coupe-papier qui a « une utilité définie, et on ne peut pas supposer un homme qui produirait un coupe-papier sans savoir à quoi l’objet va servir» (J.-P. Sartre, L’existentialisme est un humanisme, 1946). Avant même que naisse une abeille, son destin est connu : « l’essence précède l’existence ». L’homme est libre, c’est à lui de bâtir sa propre histoire : « L’existence précède l’essence ».

C’est notre liberté qui stimule cette volonté de franchir les limites, de céder à la tentation de l’hubris, notre vulnérabilité que la séduction de la démesure perce aisément. Mais quand on est mu par cette volonté insatiable de toujours transgresser les frontières, quand on vit au-delà de notre « budget écologique », la marche de la catastrophe écologique, visible dans les œuvres de Yann Arthus-Bertrand, ne peut être stoppée.
Si tous les ans, le jour symbolique du « dépassement », jour du tarissement des capacités régénératrices de la Terre, ne cesse de reculer, c’est qu’en bonnes créatures de Prométhée, on ne peut s’empêcher de manifester notre supériorité sur les composants, à l’origine nantis, de l’écosystème d’Epiméthée.

Mais quand on est soutenu par l’hubris et que la surenchère est portée par une ascension incoercible, le jour de paie peut devenir celui de la vengeance de la nature. Voyez le quotidien de Prométhée enchaîné sur un rocher du Mont-Caucase, son foie qui repousse chaque nuit, est dévoré par un aigle le jour.

Laconisme par Fenitra Ratefiarivony

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