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Éternel retour

Alors que le spectre d’un cycle infernal, qui peut provoquer à tout moment ses vagues meurtrières qui ont inspiré les pages sombres des journaux des deux dernières années, menace de hanter le monde, le rythme de la vie à Madagascar connait déjà, depuis plusieurs décennies, ce moment de dissonance, cette conscience annuelle de la famine qui frappe le sud.

Cette période de déflagration collective qui nous foudroie et anesthésie un peu, le temps que dure l’orage existentiel, l’égoïsme sans que ce dernier ne se dégreffe de l’ADN de notre pays. Cette hantise collective est devenue comme une maladie saisonnière, un état pathologique qui ne se manifeste qu’une fois dans l’année que quand on est piqués massivement par le moustique vecteur de conscience et de sollicitude.

Comme beaucoup de plaies qui assombrissent le ciel de Madagascar (les problèmes de l’énergie, le coût de la vie, la déforestation, …) et que le caractère rudimentaire des différentes méthodes de pansement utilisées a rendues plus béantes, l’anxiété nationale, que provoque l’état de détresse qui plonge, depuis des années, le sud dans les ténèbres de la malnutrition, est aussi un phénomène annuel qui, faute de soins adéquats et aux normes, revient nous hanter. Ce fantôme ne partira définitivement de nos esprits qu’une fois l’exorcisme, vraiment approprié à l’ampleur de la catastrophe, brisera ce cycle insoutenable. Faute de quoi on continuera à subir ses assauts annuels.

Selon Nietzsche, prêtre de l’éternel retour, les vaches « ont inventé de ruminer et de se coucher au soleil. Aussi se gardent-elles de toutes les pensées lourdes qui gonflent le cœur ». Mais ruminer, ressasser cet état de désolation alimentaire, qui dévore cette partie vulnérable de l’île, au lieu de nous alléger de ce poids immense porté par les épaules fragiles de notre pays mille fois meurtri, provoque l’indigestion nationale qui perturbe les consciences. Un mal être collectif qui revient, chaque fois nous martyriser, comme s’il était un élément constant d’une boucle temporelle.

Une boucle temporelle semblable à celle du roman Replay (K. Grimwood, 1986) ou du film Un jour sans fin (H. Ramis, 1988) dans lesquels les person­nages revivent plusieurs fois une même période du temps qui se répète continuel­lement. Phil Connors, principal protagoniste d’Un jour sans fin, ne réussit à briser la boucle qu’après avoir passé une des nombreuses (et la dernière) reprises du même jour à faire le bien autour de lui.

La boucle temporelle, qui tous les ans, fait revenir, dans les consciences, la situation tragique qui plonge le sud dans l’abîme de la famine, n’est pas non plus une fatalité. On ne pourra y échapper, à l’instar de Phil Connors, qu’en laissant le cœur pleinement s’exprimer, le laisser guider les actions et réduire au silence les arrière-pensées politiques.

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