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Arancha Gonzalez – « Regarder vers le commerce Sud-Sud »

La directrice exécutive du Centre de commerce international évoque les pistes
à explorer pour améliorer l’intégration de Madagscar dans le commerce international.

• Quel est l’objet de votre visite à Madagascar ?
– Le but de l’organisation pour laquelle je travaille est d’aider les pays en voie de développement à s’insérer dans le commerce international. Cette année, nous avons voulu mettre l’accent sur les petits États insulaires. Le but est d’explorer les spécificités de ces marchés qui  sont plus petits et plus isolés mais dont le coût est plus élevé, parce qu’il y a le paramètre du transport et de la logistique qui ont un coût élevé.

• Quelles sont les spécificités du marché malgache  ?
– Les coûts des transports et de la logistique sont très élevés. Madagascar est aussi très exposé à la montée des eaux et aux phénomènes climatiques, ce qui a des impacts considérables sur l’agriculture. Ce duo climat – agriculture est un grand challenge. Mais dans un pays comme Madagascar, l’agriculture constitue aussi un véritable levier. Maintenant, la question n’est pas tellement quels sont les problèmes ou les potentiels. La question, c’est comment transformer ces problèmes et ces potentiels.

• Comment alors transformer ces potentiels et ces problèmes ?
– Cela nécessite de travailler à trois niveaux. Il est, en premier lieu, important de donner aux entrepreneurs un contexte plus propice pour faire du business. Il s’agit de créer un bon climat des affaires. Le deuxième volet consiste à renforcer toutes les institutions qui aident les entreprises à participer au commerce international, comme les chambres de commerce, les associations des exportateurs, les associations des femmes entrepreneures, les incubateurs de jeunes. Il faudrait aussi créer au plus vite une agence de promotion des exportations à Mada­gascar. Pour ce qui est du troisième volet, il s’agit de travailler sur la capacité productive de Madagascar, de développer des chaînes de valeur, d’améliorer la performance du pays et de connecter l’amont avec l’aval de manière à ce qu’on ait une offre exportable.

• Sur cette chaîne, où se positionne le Centre de commerce international ?
– Notre position est essentiellement en aval dans la mesure où nous sommes une organisation qui travaille pour aider les pays à se connecter à des marchés internationaux. Nous sommes là pour aider le gouvernement malgache à faire une proposition sur le guichet unique. Pour améliorer le climat des affaires, nous travaillons aussi avec les institutions comme l’EDBM (Economic development board),  ou encore la fédération des chambres de commerce. Nous collaborons avec le gouvernement en vue de mettre en place une agence de promotion des exportations. Mais nous travaillons aussi avec les filières, surtout dans la perspective de les connecter au marché.

• Sur cette chaîne, où est-ce qu’il y a le plus à faire à Madagascar ?
– À mon avis, il y a des choses à faire sur toute la chaîne, mais le plus urgent, c’est de connecter tous les efforts qui se font à chaque maillon de la chaîne pour que les efforts aillent tous dans la même direction.

• Existe-t-il des actions liées au transport pour rendre le commerce des petits États insulaires plus compétitifs ?
– On ne peut réduire le coût des transports qu’à travers une hausse des volumes des marchandises. Pour réduire le coût des transports, il faut augmenter l’exportation. Mais même cela a des impacts limités. Il faut voir d’autres paramètres et travailler sur d’autres aspects pour rendre la production plus attractive. Et à mon sens, il faut surtout augmenter la valeur des produits. Cela nécessite des démarches de qualité, et c’est là que Madagascar doit miser.

• Est-ce qu’il y a de la place pour les produits malgaches sur le marché international  ?
– Oui. Mais la réponse décline selon les produits. Les gingembres certifiés bio sont très prisés dans le Sud Est asiatique, alors qu’à l’heure actuelle, Madagascar les exporte uniquement en Europe. Les litchis sont aussi exportés en Europe, or dans les pays du Golfe, le marché adore les litchis. C’est ce travail qu’il faut faire, et c’est à portée de main de Madagascar.

• Diriez-vous que Madagascar ne sait pas très bien cibler les marchés   ?
– Je dirai qu’il y a de l’espace pour mieux cibler les marchés d’exportation qui pourrait être prioritaire. Madagascar a déjà un marché qu’il doit exploiter au mieux, celui de l’Union européenne, et dont le développement est rendu possible à travers l’Accord de partenariat économique. Mais il y a aussi dans le monde un marché énorme qui s’appelle marché Sud-Sud. Il y a vingt ans, le commerce Sud-Sud ne constituait que 10% du commerce mondial. Aujourd’hui, il en constitue presque le tiers. Donc, il faut regarder ces autres marchés et voir comment s’y intégrer.

Propos recueillis par Lova Rabary-Rakotondravony

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