Editorial

Taxi-bête

Un coup de poignard. Les taxi-be vont cesser de fonctionner à partir de ce jour sous prétexte que les barrières sanitaires ne sont pas respectées et que par ailleurs les conditions de travail font qu’ils ne rentrent pas dans leurs frais. Voilà une belle ingratitude. Les chauffeurs et les receveurs de taxi-be ont été parmi les premiers à avoir eu les faveurs de l’état et avoir bénéficié de vivres et de subsides. Les pauvres passagers n’ont pas eu droit à ce traitement.

Le transport urbain est un service public malheureusement exercé par des coopératives privées qui font la pluie et le beau temps. Elles n’ont rien à faire du cahier de charges. Elles fonctionnent selon les recettes de la journée. Quand le plafond est atteint, les taxis rentrent dès 16 heures et laissent les usagers poireauter aux arrêts et terminus. Quand les temps sont durs, ils restent au-delà des heures permises et se permettent même de piquer les passagers des autres lignes. On passe sur les indisciplines et les brimades infligées sur les passagers par un personnel insolent et brute. Bien évidemment on ne peut pas parler de qualité de service, c’est une pure utopie. Exceptée une parenthèse de l’époque Ravalomanana où les taxi-be étaient soumis à une discipline de fer avec veste et cravate obligatoire pour les chauffeurs, mise en fourrière pour tout arrêt n’importe où, arrêt chronométré, nombre de passagers limité, circuit contrôlé…

Aucun taxi-be ne se plaignait de faire une mévente. Les clients étaient rois, la circulation était fluide. Par la suite l’anarchie a régné en maître pour en arriver à cette situation où les taxi-be font la loi dans la ville.

Il est temps que l’état donne le vrai sens du service public au transport en commun. Il est aberrant qu’en 2020 on est encore à l’ère de ce genre de transport où les passagers sont le dindon de la farce. Un grand retour en arrière alors que dans les années 80, on vivait déjà à l’époque des sociétés d’état, Fima et Antafita, qui se souciaient plus des usagers que des recettes. La billetterie était bien organisée et les tickets étaient compostés à l’entrée de grand bus dont l’existence a été immortalisée par Lolo sy ny tariny dans un célèbre tube.

Il faut en finir avec cette condescendance ignoble d’un secteur qui n’a jamais été à la hauteur de sa prestation. Tout le monde galère dans ce confinement et le transport ne vit pas la pire des situations pour tenir en otage la population. Il faut procéder carrément à une réquisition, comme l’état le fait pour la presse et les autres secteurs publics ou privés, pour que les taxi-bêtes assurent leur service. On ne peut pas indéfiniment se plier à leurs caprices et s’incliner devant leur bon vouloir. Il ne faut plus perdre du temps dans les négociations avec les coopératives qui sont de véritables organisations mercantiles. En tout cas, s’il y a un domaine qu’il faut absolument nationaliser, c’est bien le transport public.

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