Editorial

Efferv… essence

Difficile combat que celui livré par le ministre de l’Energie et des Hydrocarbures. Envoyé sur deux fronts, il réalise qu’entre les discours populistes de la campagne électorale lors de la présidentielle et les réalités sur terrain, il y a loin de la coupe aux lèvres.

L’État veut réviser le contrat liant la Jirama à ses fournisseurs de fuel mais visiblement c’est un sacré morceau. Le Premier ministre avait annoncé il y a quinze jours que cela prendrait juste une semaine mais jusqu’à maintenant on ne voit rien venir. Certains fournisseurs campent solidement sur leur positions et ne veulent pas entendre parler de révision. Entretemps le délestage s’est un peu atténué mais rien ne dit que tous les problèmes sont résolus. Il s’agit donc juste d’un sursis pour les abonnés. À moins que le récent appui financier de la Banque mondiale pour le secteur électricité ait servi de bouffée d’oxygène. Les fournisseurs tiennent entre leurs mains la vie de la nation. Il suffit qu’ils décident de ne plus fournir la Jirama pour que tout s’arrête dans tout le pays. C’est une éventualité à ne pas écarter, à en juger la puissance des fournisseurs qui maîtrisent sans partage le secteur énergie depuis la privatisation il y a vingt ans. Ils ont déjà refusé d’approvisionner les centrales de la Jirama faute de règlement des centaines de milliards d’ariary d’arriérés. Le délestage presque total en a été la conséquence.

L’autre front sur lequel le vaillant ministre mène bataille est le carburant où il retrouve presque les mêmes interlocuteurs avec la même intransigeance. Les négociations pour baisser ou au pire maintenir le prix à la pompe ont échoué. Les pétroliers n’ont pas cédé à la pression de l’État même si depuis janvier le prix n’a pas bougé. Ils refusent de réduire leur marge et proposent la suppression de certaines taxes.

Furieux après le cuisant échec des négociations, le ministre de l’Énergie a affirmé que l’État allait lui-même « fixer » les prix si les pétroliers ne font pas de concession d’ici la semaine prochaine. Autrement dit, on reviendra à une vingtaine d’années en arrière et à la mise en veilleuse de la fameuse vérité des prix, de la loi du marché, de la concurrence pure et parfaite. Tout ce qu’interdit l’économie libérale ainsi que les bailleurs de fonds.

Le bras de fer pourrait aboutir à une rupture du dialogue entre l’État et les sociétés pétrolières. Ces dernières sont en position de force pour faire plier l’État. Il suffit qu’elles ferment toutes les stations-service pendant quelques jours, qu’elles n’approvisionnent plus la Jirama pour que tout le pays soit à genoux.

On se demande si l’État a les moyens de faire face au rouleau compresseur des pétroliers. Visiblement non. Si les pétroliers s’étaient soumis au gel des prix pendant la Transition, c’est parce qu’ils ne pouvaient pas faire grand chose contre un pouvoir absolu sans la moindre caméra de surveillance. Les donnes ont changé depuis et les bailleurs de fonds interdisent l’intervention de l’État dans la structure des prix.

En face, il y a la population qui attend stoïquement la baisse des factures d’électricité et la réduction du prix du carburant comme on lui avait promis durant la campagne électorale. Toute cette efferv…essence n’annonce rien de bon. Mais il faut y croire tout simplement.

1 commentaire

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter

  • Plat réchauffé avec les mauvaises gouvernances des mandats de Ravalomanana et Rajaonarimampianina . La transition n’était pas une période  » normale » donc constitue un biais d’appréciation macroéconomique. Ametis et Gasynet des montages crapuleux de malversations financières de ces deux régimes sont toujours là. Même le gouverneur de la banque centrale qui ne brille pas par une technicité phénoménale n’est pas toujours éjecté . Il faut maintenant un volontarisme politique dans la revendication des îles éparses car la clé de l’indépendance énergétique est conditionnée par l’accaparement des gisements sous marins de pétrole qu’ils regorgent .