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Editorial

Air pourri

Ce que l’on soupçonnait était une réalité. La Banque mondiale vient de crever l’abcès en révélant que l’attribution du marché de construction de l’aéroport d’Ivato était entachée de fraude. Le consortium Colas Madagascar -Bouygues Bâtiment international -ADP international S.A vient d’être sanctionné par la Banque mondiale pour s’être livré à des pratiques collusoires en organisant des rencontres abusives avec des responsables gouvernementaux entre le 4 février 2015 et le 4 mai 2015, lors de l’appel d’offres pour le contrat de 28 ans pour l’exploitation des aéroports.

Il est donc clair qu’il y avait des arrangements entre les membres du gouvernement de l’époque et le consortium adjudicataire du marché. Les autres soumissionnaires avaient d’ailleurs contesté, en vain, l’issue du dépouillement où ce n’était pas la meilleure offre qui était retenue. Le dé était donc pipé dès le départ puisque l’appel d’offre était une pure formalité. L’Adema parmi les soumissionnaires avait été écarté purement et simplement.

Le projet de construction de l’aéroport d’Ivato datait d’ailleurs de 2008 avec un financement japonais. La crise politique de 2009 a mis le projet entre parenthèses mais le Japon était toujours prêt à le financer après le retour à l’ordre constitutionnel en 2014. Mais le gouvernement de l’époque a royalement ignoré les Japonais préférant lancer un appel d’offres avec les résultats que l’on sait.

Le parlement a diligenté une enquête parlementaire autour de cette affaire mais cela n’a pas abouti. On aurait aimé que ce soient les parlementaires qui révèlent le pot aux roses. La Banque mondiale aurait pu ne rien dire comme elle ferme souvent les yeux sur d’autres abus de ses financements.

Le contrat signé à l’époque n’offrait aucun avantage aux Malgaches. Outre les 28 ans de concession, il y a l’interdiction à l’État de construire un autre aéroport dans un rayon de 170 km. Il a fallu l’intransigeance du président de la République pour qu’on revoie certains termes du contrat dont la durée de la concession, les redevances des passagers, l’intégration de Sofitrans…

Maintenant que la Banque Mondiale a tout craché, on se demande si tout le contrat va être remis en question. C’est la logique étant donné que tout a été donc faussé. L’État a bien le droit d’annuler le processus. Il a en tout cas toutes les cartes en main. Il lui reste à sortir le joker.

1 commentaire

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  • Heureusement que la banque mondiale est allée jusqu’au bout.

    Mais d’une manière générale, qui ignore que la plupart des attributions des marchés publics dans ce pays ne sont pas
    toutes pipées ?

    L’ Armp en connait quelque chose. Une liste sous-frome de tableaux où figuraient les intitulés du marché, le montant,
    l’adjudicataire, a circulé il y a quelques temps et quand on gratte un peu, on découvre les arrangements et autres collusions entre copains et coquins. Les 4*4 et les villas ne viennent pas de nulle part!!!