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Chronique

Ministère d’État des pauvres

Le tout petit garçon geignait, assis aux côtés de sa mère, sur un trottoir d’Antaninandro. Pas loin de la Mairie d’arrondissement. Pleurait-il de faim ou d’impatience à devoir rester sagement assis là, devant ce «kapoaka» que je n’ai pas eu le temps de vérifier s’il contenait un peu d’argent.

Pensée saugrenue que la mienne à m’interroger comment un enfant pouvait se tenir aussi tranquillement à cet âge où l’on a des fourmis dans les jambes. Ne m’étant pas arrêté spontanément à leur niveau, je me suis souvenu d’un fromage dans mon sac, et je me suis promis de leur en donner sur le chemin du retour.

Mais, à peine cent mètres plus loin, un autre enfant, tout aussi résigné, veillait sur une autre timbale de la misère. Aussitôt, ma compassion de tantôt fit place à la colère. Colère contre cette réalité de quart-monde qui m’imposait de me torturer les méninges tout en marchant : allais-je partager le fromage ou donner de l’argent? Et si je croisais d’autres petits mendiants jusqu’à Ambondrona?

Pourtant, je n’en voulus pas à la foule endimanchée qui se pressait dans la (trop petite) cour de la Mairie du Troisième Arrondissement, en ce samedi de mariage. Le spectacle de la grande misère est devenu tellement banal que, pour sa propre santé mentale, il est parfois salutaire de s’armer d’indifférence.

À mon échelle, et avec mes moyens dérisoires, je ne pourrai naturellement pas soulager toute la misère du monde. Mon indifférence est d’ailleurs violence sur soi. L’image de ces gosses, en quête d’une obole ou lorgnant un quignon, me hante.

À moins pour chaque passant de se munir de petites coupures, autant de multiples de «mofo gasy» à 200 ariary, il faut absolument que le système reprenne la main. Parmi toutes ces officines de préoccupations sans aucun doute de la plus grande importance, accorder la première place protocolaire à un Ministère des pauvres, avec compétence transversale à préempter l’impôt sur l’indu ou confisquer la taxe sur le bien mal acquis.

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