Les Merina à la conquête de l’Andrantsay


Au XVIIe siècle, plus exactement vers le milieu du siècle, en Imerina, on constate une multitude de roitelets. Chaque chef de clan s’érige en seigneur à son gré. Chacun cherche à régner dans son village. Cette situation provoque des émigrations car, durant ces guerres intestines, les chefs vaincus qui refusent la domination du vainqueur, ne trouvent d’autre solution que dans la fuite. Les limites de l’Ankova, ou Imerina, reçoivent leurs premiers habitants, en particulier à l’ouest de la plaine de l’Onive, qui passe alors sous tutelle merina, et la région de Faratsiho, à l’ouest de l’Ankaratra où s’érigent les premiers villages fortifiés. D’après Jean-Yves Marchal, géographe chercheur de l’Orstom sous la Ire République, certains migrants s’aventurent plus loin, dans les « terres de légende ». Il en est ainsi d’Andrianony qui, vaincu à Mantasoa, ou Andrakasina, sinon Alasora, décide de partir et atteint la région du lac Andraikiba, suivi de son clan- parents, serviteurs et partisans-. Selon C. Savaron, Andrianony est originaire d’Andrakasina et sa migration correspond en Imerina au règne d’Andriamasinavalona qui est son allié par l’une de ses femmes. Le périple d’Andrianony dure de longs mois, voire des années car il est marqué par de nombreuses haltes. Il fait même « partie du domaine de la légende tant il est difficile dans les récits de faire la part du vraisemblable de l’imaginaire » (J.-Y. Marchal). À la fin du XVIIe siècle, Andrianony et deux de ses sœurs atteignent la plaine de l’Andrantsay. Ils demeurent un temps dans les environs de Betafo, puis poursuivent vers l’Ouest où ils rencontrent les Vazimba du roi Raboday, premiers habitants des lieux. Chasseurs et pêcheurs, cultivant peu (taro surtout) et se procurant par la cueillette une partie importante de leurs nourritures (bananes, tubercules, graines), ils seraient repoussés par les nouveaux arrivants qui sont déjà parvenus à « un degré de technicité plus élevé ». « Il ne faut surtout pas voir en Andrianony un conquérant. Tout au plus, par l’importance numérique de son clan et le hasard des alliances avec des chefs Vazimba, a-t-il pu d’emblée jouer le rôle d’un roitelet. » Il décide de s’installer à l’ouest de Soavina, le pays étant vaste et fertile. Il laisse à l’une de ses sœurs la souveraineté de la région de Betafo, placée toutefois sous sa tutelle. Pour sa part, il « monta au Fivavahana, y construisit une maison et se livra à l’élevage des chèvres ». Sa migration se termine ainsi aux abords de la cuvette d’Ambohimanam­bola-Betafo. Sur le royaume d’Andrantsay au XVIIIe siècle, les sources sont peu nombreuses. D’après le Dr Fontoynont, un des fils d’Andrianony succède à son père. Il est connu pour être un souverain « très doux », et vit également à Fiva. Une tradition orale indique qu’un seigneur appelé Andriantsitakatra, reconnu par certains comme un autre fils d’Andrianony, réside, quant à lui, sur le massif de Vorombola, non loin de Fiva. « Après avoir séjourné longtemps au Fivavahana, la population s’accrut et se multiplia », lit-on dans les Tantara ny Andriana eto Madagascar du RP Callet. On suppose alors un départ de certaines familles vers la première moitié du XVIIIe siècle : les descendants de l’ancêtre se dispersent vers l’ouest de la cuvette et vers le nord de la plaine d’Andrantsay avec leurs esclaves et leurs troupeaux, construisant à leur tour de nouveaux Rova sur les hauteurs : Ambohitrinirina à l’ouest d’Ambohi­manambola, et Voana au nord ; au Nord, dans la plaine d’Andrantsay, Ambohitrinandriana, Andriana et Faliarivo. Si, par mesure de sécurité l’habitat est situé sur les sites élevés, toutefois un début de colonisation des basses terres est envisageable à cette période. « De plus, sur ces pitons fortifiés, il n’était plus question, comme sur le Vorombola, de faire pâturer le bétail ni même de le parquer. » Selon J.-Y. Marchal, dans la plupart de ces anciens sites, l’extrême étroitesse des portes d’accès se remarque, laissant à penser qu’aucun bœuf ne peut y entrer. « Bouviers et cultivateurs commencèrent à résider sur les basses collines autour de la demeure des nobles dont ils dépendaient. »
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