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Editorial

Hommages et intérêts

Devoir de mémoire. La disparition du docteur vétérinaire Emmanuel Rakotovahiny et du général Charles Sylvain Rabotoarison oblige à feuilleter des pages d’histoire qui ont pu résister à l’usure du temps et des moisissures. Le premier a été membre du gouvernement du général Gabriel Ramanantsoa, mis en place après la démission du père de l’Indépendance Philibert Tsiranana, sous la pression et la colère des manifestants de la Place du treize mai.

Comme ce cabinet restreint de techniciens de haut vol et des militaires et gendarmes de haut rang, ne comptait que dix membres, Emmanuel Rakotovahiny faisait alors partie de la crème de l’intelligentsia. Avec l’inévitable équilibre ethnique et régional, il a pu émerger d’un lot hétérogène. Pour y côtoyer le colonel Richard Ratsimandrava, le capitaine de frégate Didier Ratsiraka, le lieutenant-colonel Joël Rakotomalala, le professeur Albert Zafy, Albert Marie Ramaroson ou le pasteur Daniel Rajakoba.

Un « dream team » dont des membres vont s’inscrire dans la durée. Comme Emmanuel Rakotovahiny qui a connu une longue traversée du désert durant la révolution socialiste de Didier Ratsiraka, de 75 à 91. Avant de faire un retour au tout premier plan par la victoire aux urnes de son fidèle ami, le professeur Albert Zafy, à la présidentielle de 92-93, face à Didier Ratsiraka. Le triomphe de la démocratie naissante.

Emmanuel Rakotovahiny a été nommé ministre d’État de l’Agriculture, de la pêche et de l’élevage. Le véritable numéro 2 du gouvernement de Me Francisque Ravony. Et au départ contraint et forcé de celui-ci, quand un référendum constitutionnel a redonné les prérogatives de nomination du Premier ministre au Président de la république, la guerre des clans a éclaté dans l’entourage « l’homme au chapeau de paille ».

Sentant que cœur du chirurgien cardiologue allait pencher en faveur de Jean Claude Raherimanjato, ministre des Finances et du budget, Emmanuel Rakotovahiny s’est autoproclamé Chef du gouvernement au journal parlé du 19 heures de la RNM. Le lendemain, le secrétaire général de la présidence, Serge Zafimahova, mis devant les faits accomplis, a publié le décret de sa nomination, a posteriori. Quel embrouillamini!

Mais son coup de force ne menait pas large. Les députés majorité à géométrie variable de l’Assemblée nationale lui ont réservé un traitement de choc, un remède de cheval. Son gouvernement a été censuré le 17 mai 1996. Il est le seul Premier ministre des républiques à passer à la trappe de cette manière. Son éviction a été le prélude à la motion d’empêchement du professeur Albert Zafy, validée par la Haute cour constitutionnelle le 4 septembre de la même année.

Une situation inédite, une grande première qui va mettre sous les feux de la rampe le général Charles Sylvain Rabotoarison. Ministre de l’Intérieur du Chef de l’État Norbert Lala Ratsirahonana, il a réussi le tour de force d’organiser une élection présidentielle anticipée dans les 90 jours ayant suivi la suspension du « Prof » de ses fonctions à la tête pays. Sans un dollar des bailleurs de fonds. Soit le 3 novembre, un jour avant l’anniversaire de Didier Ratsiraka. Qui va revenir à la barre du pays. Le 10 février 1997.

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