Editorial

Baréalité

Un élan national spontané et exceptionnel. Tout le pays s’est levé comme un seul homme sans se donner le mot pour exprimer sa joie dans la rue après l’exploit des Barea. D’un bout à l’autre du pays la même ferveur, le même enthousiasme, la même fierté, le même patriotisme ont été observés. L’équipe nationale a réveillé un sentiment que l’on croyait à jamais oublié, enterré par les difficultés de l’existence, altérée par les vicissitudes de l’histoire, méconnu par la nouvelle génération sans repère, sans modèle, sans idole. Puis voilà tout le monde qui se reconnaît à travers les Barea, qui se sent transcendé par l’exploit, revigoré par les victoires.
Le nouveau classement de la FIFA fera oublier tous les autres classements de la Banque mondiale, du Doing Business, d’Amnesty International… La Jamaïque a toujours été reconnue et respectée à travers Usain Bolt et ses athlètes de haut niveau que par sa pauvreté de même que Cuba ou d’autres nations. Et cela donne une certaine notoriété au pays et facilite les échanges.

Les Barea ont réussi en trois matches la où toutes les promotions pour vendre la destination Madagascar depuis des années ont échoué. Eh oui, il faut désormais voir au-delà du « voninahim-pirenena » quand on parle de sport et des sportifs comme il est mentionné dans tous les projets de développement qu’il s’agisse du Boky Mena de Ratsiraka, du Map de Ravalomanana, de l’Émergence 2030 de Rajaonarimampianina ou de l’IEM de Rajoelina.

Le développement du sport se résume en trois phrases. Pour l’IEM en particulier, on se soucie plus du paraître que de l’être. Tout le monde s’empresse de réclamer la paternité du succès des Barea alors que le foot n’a jamais été une priorité de l’État. La FMF s’est débrouillée toute seule pour honorer tous les rendez-vous internationaux sans un sou de l’État qui ne se rappelle de son devoir que pour s’approprier les victoires et se faire voir à travers les primes.
Les Barea ont montré que le sport est désormais une puissante diplomatie, un puissant ciment patriotique. Maintenant, le problème c’est de maintenir le niveau acquis par les Barea surtout s’ils vont encore au delà des huitièmes de finale. Cela ne se fait pas à coup de discours, de décret ni de charité.

Comment trouver des joueurs de même niveau que ces expatriés et binationaux pour garder ce standing ? Première réponse aux prochains Jeux des îles et aux éliminatoires de la CHAN, la CAN pour les joueurs locaux. On fera face à une autre réalité.

La régularité dans les performances est acquise grâce à un programme de développement cohérent incluant la construction d’infrastructures, la formation des cadres, l’encadrement des athlètes, l’organisation des championnats dans toutes les catégories… Il ne suffit pas de donner des primes ou de construire des académies alors qu’on n’a pas un vivier de graines de stars pour les fréquenter.

Comme quoi le plus difficile n’est pas de réaliser des exploits mais de faire en sorte que les exploits ne soient pas une exception, de se qualifier à toutes les CAN avec ou sans l’apport des binationaux, avec vingt-quatre ou trente-deux équipes. C’est à cette condition que les Barea puissent grandir et beugler partout.

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