Editorial

Lunatique

Une histoire de lune met la société sens dessus dessous. Pour la première fin du ramadan consacré jour chômé et payé par l’État, il y eu à boire et à manger. L’imprécision sur la date et l’absence de cohésion entre le Premier ministre et ses ministres ont semé la confusion au sein de l’opinion. Le gouvernement par la voix du ministre du Travail et de la Fonction publique, s’est d’abord montré ferme s’en tenant à l’initiale du 4 juin décidée en février malgré la demande de la communauté musulmane de reculer l’échéance de 24 heures, le temps que la lune apparaisse à Habib. Le jour férié a été maintenu mais les musulmans sont autorisés à fêter l’Aïd el-Fitr le 5 juin. Puis le même ministre s’est dédit déclarant que le décret pris en février était à titre indicatif mais que le vrai jour férié est le 5 juin. Elle a pris en fait le relais au Premier ministre qui a fait la précision dans la matinée d’hier. Voilà bien un ministre qui visiblement ne maîtrise pas son sujet. Plus lunatique que moi tu meurs. Entretemps le désordre a vite fait d’envahir l’opinion, les entreprises, les sociétés, les établissements scolaires. Qui croire ? Le ministre de la Fonction publique ou le ministre du Travail et des affaires sociales ? Gouverner c’est prévoir, on aurait du régler ce problème depuis longtemps étant donné que l’Aïd el-Fitr ne se déroule pas au même moment de par le monde. Il fallait trancher dans le vif au lieu de tergiverser. On se demande d’ailleurs ce qu’il y a derrière ce clin d’œil aux musulmans étant donné que rien n’est jamais gratuit en politique et dans un régime où tout est calculé. Chaque action constitue soit une opération de communication soit une opération de séduction envers la population ou à l’endroit d’une communauté.
Les musulmans comprennent les Indiens dont on connaît le poids financier et économique dans tous les secteurs de développement ainsi que l’influence politique. Un jour férié accordé aux musulmans équivaut peut-être à plusieurs milliers de dollars. Pour ceux qui arguent que les jours fériés constituent des pertes pour les entreprises, en voilà une démonstration par l’absurde. Même Ratsiraka qui n’oublie jamais de féliciter les musulmans à chaque ramadan ne leur a pas accordé un jour chômé et payé. Et puis, comme les Malgaches de l’étranger, les étrangers de Madagascar rêvent aussi d’avoir le droit de vote si jusqu’ici ils influencent indirectement le vote en soutenant des candidats. Cela pourrait certainement rehausser le taux de participation étant donné que pour eux la motivation est claire.
À la rigueur on aurait pu diviser la poire en deux pour éviter cette cacophonie qui ternit l’Aïd el-Fitr. Un jour férié le 4 juin pour tout le monde et un autre le 5 juin pour les musulmans. Tout le monde y trouve son compte et on aurait évité de tourner en bourrique cette ministre.
Lo gouvernement aura été donc incapable de résoudre un problème presque insignifiant s’emmêlant les pinceaux. Un signe révélateur d’une certaine fébrilité. Le Premier ministre a publiquement désavoué sa ministre obligée de sombrer dans le ridicule.
La population est loin de cette agitation, une tempête dans un verre d’eau. Ramadan ou carême c’est blanc bonnet et bonnet blanc. Depuis plusieurs années, la disette est sa tasse de thé. Son rêve est de pouvoir manger à sa faim tous les jours et non seulement pendant l’Aïd el-Fitr, la fête nationale ou à Noël.

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