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Rajaonarimampianina s’arc-boute

Critiqué de toutes parts, Hery Rajaonarimampianina qui a du mal à convaincre avec les réalisations inaugurées, mise sur les craintes d’une crise consécutive à un coup d’État pour se maintenir au pouvoir.

La même rengaine. Chaque sortie médiatique est l’occasion pour le chef de l’État de rappeler que « sans stabilité, le pays ne peut se développer ». Et la stabilité, pour Hery Rajao­narimampianina, implique « aucune manifestation de rue », synonyme de troubles et de déstabilisation. Craignant fort un éventuel coup d’État, le président de la République a, une nouvelle fois, appelé « au respect de l’alternance au pouvoir à travers les élections ». « Il faut respecter la base de la démocratie », a-t-il martelé, hier, à Toamasina, alors qu’il inaugurait la 4e unité de protection civile basée dans cette ville.
Fortement critiqué dans sa manière de gérer le pays, le président de la République ne cesse de brandir le
spectre d’une nouvelle crise.
« L’économie de notre pays ne cesse de dégringoler. À chaque fois qu’elle connaît une petite remontée, une crise politique survient et l’économie s’effondre. Aujourd’hui, le pays tend à se redresser, et certaines personnes veulent à nouveau le faire chuter », a-t-il tonné, hier, à Toamasina.
Faute d’une cote de popularité légitimant son maintien au pouvoir, Hery Rajaonarimampianina semble ainsi espérer que l’opinion ne cède pas au chant de sirène de ceux qui militent pour son départ anticipé du pouvoir. Chaque contestation, qu’elle soit le fait d’hommes politiques, de syndicats ou de mouvements citoyens est ainsi présentée par l’Exécutif à l’opinion comme autant de velléités à renverser le pouvoir. Coup d’État et procédé prévu par la Constitution sont, par ailleurs, mis dans le même sac, et présentés comme étant des volontés à déstabiliser le pays.
Vérité de La Palice
Psychose, paranoïa ou mise en scène, les autorités n’hésitent pas à convaincre l’opinion que les rumeurs de coup d’État constituent des menaces sérieuses pouvant conduire le pays dans un nouveau chaos. Pour démontrer que les bruits sont fondés, des hommes politiques sont pris pour cible.
Et bien que la Justice, sous prétexte de secret de l’information, refuse de dévoiler les charges qui leur sont reprochées, des perquisitions ont été menées au domicile du sénateur Lylison René de Roland qui a appelé à une ville morte, et dans les résidences respectives de deux hommes d’affaires proches de l’ancien président de la Transition, Andry Rajoelina. « L’importance des éléments déployés dépendant du niveau de sérieux du renseignement », comme l’avait évoqué un responsable de l’état-major mixte opérationnel. Des centaines d’hommes armés avaient été envoyés effectuer les fouilles chez l’ancien patron des Forces d’intervention spéciale de la transition.
Dans cette campagne de défense, le chef de l’État ne mise pas seulement sur le gouvernement et les Forces de l’ordre, la communauté internationale est largement appelée à contribution. Évoquant en parallèle devant Ban Ki-moon l’expression coup d’État et la procédure constitutionnelle de déchéance, une journaliste de la Télévision malgache a réussi à faire dire au secrétaire général des Nations Unies que « les Nations Unies, tout comme l’Union africaine ne cautionneraient jamais un changement anticonstitutionnel de pouvoir ». Une vérité de la Palice qui semblait davantage destinée à dissuader l’opinion de soutenir une quelconque démarche visant à renverser l’administration Rajaonarimampianina qu’à l’opposition.

Juliano Randrianja et Bodo Voahangy

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