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Liberté de la presse – Madagascar recule de quarante-et-une places

Les  journalistes  célébrant  le 3 mai  devant  la stèle  de l’OJM à Analakely.

Coup de massue sur le journalisme malgache, à l’occasion de la journée internationale de la liberté de la presse. Madagascar connaît une régression importante dans le classement RSF et se retrouve à la 98e place.

Une estocade. La publication du classement mondial de la liberté de la presse par Reporter sans frontières (RSF), a quelque peu douché l’enthousiasme de la célébration du 3 mai. Une publication décevante pour Madagascar qui se retrouve à la 98e position et perd quarante-et-une places par rapport à son classement de l’année dernière.

En 2021, la Grande île s’est retrouvée à la 57e place sur cent quatre-vingt pays, avec un score de près de 72/100. Cette fois-ci, elle dégringole à la 98e place, avec une note d’un peu plus de 58/100. Ce qui fait que Madagascar, cette année, se retrouve dans le groupe des pays où la situation de la liberté de la presse est considérée comme «problématique». RSF affirme que «Madagascar se caractérise par un paysage médiatique très riche, fortement polarisé et manquant d’indépendance». RSF tempère, toutefois, que «les attaques et arrestations visant des professionnels de l’information sont assez rares».

«La polarisation et la politisation», du paysage médiatique malgache sont des constats déjà soulignés dans la fiche pays de la Grande île, dans les précédents classement RSF de ces dernières années. Une situation qui perdure donc. «Il est fréquent que des ministres, des parlementaires ou des hommes d’affaires proches du milieu politique contrôlent directement ou indirectement des médias», argue RSF. À la lecture de la fiche pays du classement publiée hier, le contexte économique qui pèse sur la presse plombe, également, la note de Madagascar.

Consternation

Selon Reporter sans frontières, «la précarité de la presse malgache a des conséquences désastreuses sur la qualité de l’information et l’indépendance des médias. Les salaires très faibles laissent les journalistes vulnérables à la corruption (…) Il n’est pas rare que certains reporters cumulent des petits boulots et se retrouvent en situation de conflit d’intérêts en travaillant en parallèle auprès des responsables politiques».

Dans la note d’introduction du classement mondial de la liberté de la presse de cette année 2022, RSF souligne un changement de méthodologie pour la notation des pays. «Du fait de cette évolution méthodologique, les comparaisons de rang et de score entre 2021 et 2022 sont à manier avec précaution», ajoute l’entité internationale.

Cette innovation méthodologique implique une notation, premièrement, sur la base d’un relevé quantitatif des exactions commises à l’encontre des journalistes et des médias. La seconde grille de notation porte sur une étude qualitative fondée sur les réponses à cent vingt-trois questions, par des experts de la liberté de la presse. Dans la liste, il y a des journalistes, des universitaires et des défenseurs des droits humains, selon RSF. Sont pris en compte, le contexte politique, le cadre légal, le contexte économique, le contexte socioculturel et la sécurité.

Dans un communiqué publié hier même, le ministère de la Communication et de la culture «exprime sa profonde consternation», face au classement RSF. Le département gouvernemental n’hésite pas à indiquer qu’il «s’interroge sur la crédibilité de ce classement». Une des approximations soulignées par le ministère dans la publication de RSF concerne l’argument soulevé pour dire que le cadre légal qui régit le journalisme et la presse à Madagascar est bancal.

«Il est assez rare qu’un journaliste se retrouve en prison pour des faits relevant de l’exercice de ses fonctions. Toutefois, le code de la communication adopté en 2016 ne consacre que partiellement la fin des peines privatives de liberté pour les infractions les plus courantes, comme l’outrage, la diffamation ou la divulgation de fausses nouvelles», avance Reporter sans frontières. Dans sa réplique, le ministère de la Communica­tion et de la culture rappelle que «la loi en vigueur régissant la presse depuis le 1er septembre 2020 à Madagascar est la loi 2020-006 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n°2016-029 du 24 août 2016 relative à la communication médiatisée».

Le ministère de la Communication et de la culture défend que les réformes apportées dans la loi de 2020, «consacrent totalement la fin des peines privatives de liberté pour les journalistes reconnus coupables de délits de presse». Il ajoute, «il est révoltant de constater que RSF et son panel d’experts ont totalement occulté l’existence de cette nouvelle loi dans ce classement 2022».

Définition de la liberté de la presse

Reporter sans frontières définit la liberté de la presse comme suit: «la liberté de la presse est la possibilité effective pour les journalistes, en tant qu’individus et en tant que collectifs, de sélectionner, produire et diffuser des informations dans l’intérêt général, indépendamment des interférences politiques, économiques, légales et sociales, et sans menace pour leur sécurité physique et mentale».

2 commentaires

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  • ça fait mal et la ministre de la communication se décrédibilise déjà par sa réputation pas très glorieuse en s’offusquant encore contre ce classement objectif . La vérité blesse . Tout comme au sein de la justice , effectivement l’interférence de la politique et de puissants hommes d’affaires est un euphémisme dans l’exercice du métier de journalistes . Il suffit de décortiquer certaines lignes éditoriales où l’autocensure est devenue la règle . Le journalisme à Madagascar pue les patrons de presse et ses intérêts concomitants . Quand on sait que le président de la république est probablement le principal obstacle à ce que la loi pour l’interruption thérapeutique de la grossesse passe en débats aux parlements . Que ce même président de la république viole constamment la constitution en faisant fi de la séparation des pouvoirs entre les églises et l’état . Qu’un président de la république n’a pas à se rabaisser dans sa fonction en partant signer une aide remboursable de 500 millions de dollars à la banque Mondiale . Et ce ne sont que des faits que normalement la presse libre , éducative et responsable aurait du soulever .

  • tiens tiens ! beaucoup de médias dans les mains de politiques. Et qui se sent visé ? des présidents, des ministres ?? heheh
    Pas encore demain des journaux satiriques, de vraies enquêtes d’investigations, un accès libre aux dossiers publics et une vraie presse à la ligne éditoriale indépendante ?
    Et cette ministre qui dit tout et rien…..
    pas gatés les vrais journalistes locaux