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La religion, une affaire privée?

Après la mort de 45 personnes lors du pèlerinage juif Lag B’Omer, sur le mont Meron en Israël, dans la nuit du 29 au 30 avril, le journal Times of Israël a recensé «les mouvements de foule les plus meurtriers depuis dix ans».

Arrive en premier, le drame du Hajj en Arabie saoudite, le 24 septembre 2015, qui avait fait quelque 2300 morts parmi les pèlerins musulmans (dont 464 Iraniens venus du pays voisin et 282 Maliens accourus de loin). En deuxième lieu, les 115 morts en marge d’une fête religieuse près d’un temple hindou du district de Datia, dans l’État indien de Madhya Pradesh. C’était le 13 octobre 2013. Deux ans auparavant, le 14 janvier 2011, un pèlerinage hindou s’était terminé de manière tragique pour les 102 victimes d’une bousculade survenue dans le Kerala.

«Les mouvements de foule les plus meurtriers depuis dix ans» impliquent, pour trois des plus tragiques, des pèlerinages religieux. La tragédie du 30 avril 2021 est même présenté comme le pire accident en temps de paix pour l’État hébreu. Tandis que le nombre de 2300 morts au Hajj de 2015 approche les 2753 morts estimés dans la chute des tours jumelles de New York, lors des attentats terroristes de septembre 2001.

En Inde, la formidable flambée de contaminations au coronavirus, de 300.000 à 400.000 cas par jour dans un pays de 1,3 milliard d’habitants, est imputée en partie aux mouvements de masse. La fête hindoue du Khumb Mela, présentée comme le plus grand rassemblement religieux au monde, devait durer cette année du 14 janvier au 27 avril 2021. En pleine pandémie du coronavirus, impossible de ne pas faire le lien entre les images de centaines de milliers de pèlerins se bousculant pour pouvoir prendre un bain sacré dans le Gange et l’autre image de milliers de patients engorgeant les hôpitaux indiens. Le 29 mars 2021, après que l’Inde a franchi la barre symbolique des 12 millions de cas de Covid-19, les autorités indiennes ont finalement décidé de limiter les célébra­tions de la fête religieuse du Holi, la fête des couleurs.

En France, en février 2020, un premier cluster était apparu après un rassemblement d’une église évangéliste à Mulhouse: 2000 Croyants réunis du 17 au 21 février. Le Ministère français de la Santé avait qualifié cet évènement de «point de bascule» de l’épidémie.

La connaissance de ces diverses «liaisons dange­reuses», entre la religion et une mort qui aurait pu être évitable, m’amène chaque fois à me demander si la prière n’est pas compatible avec la solitude: dans la paix d’un autel domestique, par exemple. Dans un pèlerinage, en «basse saison», pourquoi pas. La religion ne peut-elle pas être ce tête-à-tête avec Shiva, Brahma, Vishnou, Bouddha, Yahvé, Jésus, Allah (comme cette «contemplation» silencieuse que j’ai effectuée dans un temple confucéen de Taïpei), plutôt que ces démonstrations publiques collectives, heureusement pas toujours fatales.

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  • La plupart des religions se vit avec une dimension collective et, de fait, souhaiter les réduire à une dimension uniquement individuelle tient plutôt du voeu pieux.