Chronique Opinions

Il faut corriger le portrait d’Andrianampoinimerina

De nombreuses générations d’écoliers malgaches ont grandi avec cette image qu’on a prêtée à Andrianampoinimerina (qui régna de 1792 à 1810). Tous les touristes, visitant les Rova (Antananarivo, Ilafy, Ambohimanga, etc.), auront vu ce portrait du grand roi brandissant un javelot. Ceux qui ont eu l’idée de créer des figurines de cire, seront, en toute bonne foi, tombés dans le plus gros malentendu de l’historiographie merina et malgache.
Le 21 juin 1956, à l’Académie Malgache, le Dr Raharijaona présentait une communication de J.T. Hardyman : «Le portrait d’Andrianampoinimerina qui existe au Palais de la Reine a été fait à la date récente de 1905 par Ramanankirahina. L’artiste a copié une gravure publiée à Londres en 1833. Cette gravure représente, non pas Andrianampoinimerina, mais un des habitants du village près de la baie de Saint-Augustin, en 1825» (Bulletin de l’Académie Malgache, tome XXXIV, 1956, pp.XVIII-XIX).
Personne ne sait à quoi exactement ressemblait celui qu’on  a surnommé «Ombalahibemaso», mais on peut savoir à quoi il n’aurait certainement pas ressemblé.
C’est en 1838 que Louis Daguerre inventa les premiers «daguerréotypes», appareil de prise de vue. Les premiers clichés ne seront pris en Imerina que lors des voyages du révérend William Ellis à Antananarivo, de 1853 à 1856, vers la fin du règne de Ranavalona 1ère. William Ellis raconte l’étonnement que produisit sa caméra au chapitre XV de son ouvrage «Three visits to Madagascar» qui est d’ailleurs ainsi sous-titré : «illustrated by woodcuts from photography» (London, 1859). Il était donc impossible que quelqu’un ait pu prendre en photo Andrianampoinimerina et tous les personnages de la fin du XVIIIème siècle, début XIXème siècle.
Traitant à Foulpointe en 1790 où il s’établira jusqu’en 1810, Barthélemy Hugon fut l’unique contemporain à avoir vu directement Andrianampoinimerina et qui en ait laissé un portrait-robot. L’original du manuscrit de Barthélémy Hugon («Aperçu de mon dernier voyage d’AnCova de l’an 1808») est conservé au British Museum de Londres. Voici ce qu’il en dit à la date du 3 mai 1808 : «Le roi Dia-nampouine peut avoir 50 ans, très laid, des cheveux plats et très rudes, ayant l’apparence d’un Malais» (Gilbert Ranaivo Ratsivalaka, Le journal de B.Hugon, Tantara, n°7-8, 1979, p.162).
Raombana (1809-1855), un des jeunes Malgaches envoyés à Londres sous le règne de Radama 1er (1810-1828), et qui devint secrétaire de la Reine Ranavalona 1ère (1828-1861), a pu recueillir les témoignages de ceux qui connurent le roi : «King Andrianampoinimerina was rather tall, and was bony and sinewy» (Raombana, Histoires, A1, p.562) : le roi Andrianampoinimerina était plutôt grand, osseux et musculeux.
Andrianampoinimerina était sans doute plus grand que la moyenne si on en croit l’épisode de la comparaison à la toise du «tehina» : Andriamanalina, le roi du Betsileo, voulut savoir s’il était plus grand ou plus petit pour combattre ou se soumettre ; Nampoina dépassa sa toise d’un «anky» (cf. Abinal et Malzac : «mesure, l’espace entre le pouce et l’index recourbé»).
Enfin, dernier indice physique, la mention de la brasse malgache, unité de mesure qui fut la brasse d’Andrianampoinimerina : 1,82 mètre (Raymond Decary, Poids et mesures d’autrefois, BAM, 1957, pp.125-131).
Encore une fois, personne ne sait à quoi exactement ressemblait le roi Andrianampoinimerina mais on peut savoir à quoi il n’aurait certainement pas ressemblé. Et certainement pas à ce portrait apocryphe, fantaisiste, presque caricatural, malheureusement largement diffusé.

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja

 

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