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Pétrole amont – Madagascar, condamné à accélérer

L’usine  de  Madagascar Oil

Madagascar doit combler son retard dans le domaine du pétrole amont. Il doit pour cela assainir le secteur et attirer de nouveaux investisseurs. Les informations disponibles démontrent que le pays a sa place sur l’échiquier pétrolier et gazier régional, bien qu’il faille affiner les données pour mieux convaincre les grandes compagnies de miser sur la Grande Île.

Dans le monde du pétrole amont, la chasse aux investisseurs ne s’arrête jamais. Les pays les plus ambitieux, et ils sont de plus en plus nombreux en Afrique, budgétisent des millions de dollars pour participer aux grands rendez-vous du secteur, améliorer leur image auprès des détenteurs de capitaux, affiner les données concernant leurs richesses pétrolières et gazières, engager les meilleurs cabinets pour les accompagner dans les négociations…

C’est dans ce contexte où les concurrents ne se font aucun cadeau, que la Grande Ile est appelée à se remettre sur les rails. Selon l’Office des Mines nationales et des Industries stratégiques (OMNIS), l’heure est actuellement à la recherche de partenariats avec les grandes compagnies (les majors et les supers juniors), en les attirant à venir investir à Madagascar. « Nous espérons pouvoir lancer une campagne de promotion de nos blocs pétroliers libres, dès que la situation sanitaire le permettra », a-t-on soutenu.

En juillet 2021, lors de la célébration des quarante-cinq années d’existence de l’OMNIS, celui-ci a laissé entendre que de nouveaux projets d’envergure devraient être identifiés et présentés par la suite à l’État, pour qu’ils puissent contribuer au plus vite au développement du pays. Nantenaina Rasolonirina, Directrice générale par intérim de cet organisme qui évolue dans le giron de l’État, a ajouté que Madagascar dispose aujourd’hui des conditions favorables pour attirer les investisseurs avant de noter que, bien que le pays soit déjà sur la bonne voie, certains points doivent encore être améliorés. Il s’agit surtout de la nécessité de redéfinir la politique sectorielle et de réviser les textes, sans oublier d’assainir le secteur.

Deux mois plus tard, l’organisme a mis l’accent sur le potentiel sous-exploité que renferme le sous-sol de Madagascar, lors de sa présentation en ligne à l’Africa E&P Summit Exhibition. Un des évènements incontournables du secteur pétrolier et gazier amont qui réunit à chaque édition divers acteurs de haut niveau du secteur et représentants de gouvernement issus du monde entier.

« L’OMNIS, appuyé par le gouvernement, travaille sans relâche pour instaurer un climat d’affaires favorable aux investisseurs », a soutenu la DG p.i. qui, pour rappel, a figuré parmi les nominés du Big Five Board Awards à l’Africa E&P Summit and Exhibition, dans la catégorie « Distinguished Individual Contribution to the African Industry – Elephant ». L’OMNIS a été pour sa part nominé dans la catégorie « Best African National Oil Company/Ministry–Rhino ».

Les données à affiner et à faire connaitre

Madagascar, selon les données et les études menées depuis plus d’un siècle, représenterait un potentiel de 1587 milliards de barils de pétrole, étalé sur plusieurs bassins sédimentaires. Dans le pays, l’OMNIS est le destinataire de toutes les données d’exploration pétrolière. Elles vont des données de levée géophysique aux études géologiques, en passant par les rapports de forage et de complétion de puits et les informations sur les carottes et les forages.

L’OMNIS est aujourd’hui doté d’un centre de documentation et d’un centre de stockage d’échantillons de roches gérés par la Division des Hydrocarbures. Ces installations sont ouvertes à la consultation et les données et informations disponibles peuvent être achetées. Un ensemble de rapports sur le potentiel pétrolier de Madagascar est disponible. Des données commercialisées à travers un accord avec Alconsult International à Calgary – Canada.

Par ailleurs, une convention de coopération pour des travaux de recherche a été signée avec un institut chinois pour compléter le dossier de Madagascar dans sa demande d’acquisition du plateau continental dans le Sud, ayant une superficie de 860 900Km². Une initiative d’importance qui offrira la possibilité de doubler – et même plus – le territoire du pays incluant les zones marines riches en hydrocarbures.

On sait, en outre, que les techniciens travaillent actuellement sur la conception d’une charte chrono-stratigraphique propre au pays. Cette dernière fournira les données nécessaires sur la formation des bassins sédimentaires malgaches et sera disponible pour toutes les compagnies désirant y explorer du pétrole. Elle facilitera ainsi la détermination de l’origine et l’âge des couches géologiques, ce qui pourrait augmenter les chances de trouver du pétrole à Madagascar.

À savoir que jusqu’ici, la principale réalisation dans le domaine du pétrole amont reste la découverte d’un gisement de pétrole lourd à Tsimiroro où les recherches et l’exploration avait commencé au début des années 1900. La production devrait osciller entre 6 000 et 10 000 barils par jour. Cette étape a conduit à une licence d’exploitation de vingt cinq ans, délivrée en 2014 à la société Madagascar Oil, et actait l’entrée de Madagascar au rang des pays producteurs de pétrole de la région Afrique.

Les perspective de Madagascar en Pétrole Amont

De grands rendez-vous à honorer

Du 17 au 29 mai de cette année, le Sommet Africain sur les Énergies (Africa E&P Summit) va rassembler les acteurs publics et privés de l’industrie énergétique africaine et les investisseurs internationaux pour un évènement de grande envergure. L’évènement va offrir un aperçu très attendu du paysage énergétique du continent. En format hybride, il programme des conférences à Londres, au Royaume-Uni, mais aussi une série d’échanges en ligne. D’après les observateurs avertis, l’Africa E&P Summit est devenu un évènement incontournable pour les pays et les entreprises impliqués dans l’activité pétrolière et gazière en amont en Afrique.

Selon les organisateurs, plus de cinquante décideurs de haut niveau seront invités à prendre la parole au May Fair Hotel de Londres ou par visioconférence, sans oublier les séances de réseautage, le cycle de promotion des licences pétrolières et gazières, la remise des prix et la soirée de gala.

Du 18 au 21 octobre, ce sera au tour du Cap, en Afrique du Sud, d’accueillir à nouveau la Semaine africaine de l’énergie (AEW). AEW 2022 réunira les leaders africains de l’énergie et les parties prenantes mondiales pour « une semaine de dialogue intense sur le secteur énergétique africain », selon les organisateurs. La conférence prévoit plus de cinq mille participants, plus de cent soixante quinze conférenciers internationaux et plus de vingt et un ministres. Au cours de l’édition, les délégués et les conférenciers peuvent s’attendre à une solide programmation de tables rondes, de forums d’investisseurs, de sessions de réseautage et de cérémonies de signature d’accords couvrant l’ensemble du secteur et de la chaîne de valeur de l’énergie en Afrique.

Les investisseurs s’intéresseront particulièrement aux marchés dits émergents du continent tels que la Somalie, le Kenya, la Namibie, l’Ouganda et la Côte d’Ivoire. Madagascar ne figure pas encore dans cette liste des « pays prometteurs » et doit ainsi muscler sa communication pour attirer l’attention des acteurs régionaux et internationaux. AEW 2022 programme également un focus sur les projets nouveaux et existants – tels que le projet de pipeline de la Renaissance africaine de 6 milliards de dollars et le projet de gazoduc Tanzanie-Ouganda de 1800 km proposé – offrant à l’heure actuelle les opportunités les plus intéressantes aux investisseurs.

« Au cours de l’édition de cette année d’AEW, l’accent sera mis sur la finance et une transition juste, car nous pensons que ces secteurs ont un rôle spécifique à jouer en Afrique. En développant ses ressources, l’Afrique peut répondre à la demande croissante d’énergie tout en réduisant les émissions. À partir de l’AEW 2022, nous nous rendrons à la COP27 pour rencontrer des dirigeants mondiaux et discuter de l’énergie africaine, du Cap au Caire », ont noté les organisateurs.

« Alors que le continent continue de faire face à une réduction du financement des projets d’hydrocarbures, AEW 2022 offrira de nouvelles perspectives sur la manière dont les projets pétroliers et gaziers africains peuvent lever des capitaux dans un contexte de transition énergétique post-Covid-19. En conséquence, les tables rondes et les forums d’investisseurs mettront l’accent sur le financement, les environnements propices et le rôle que les institutions financières joueront dans le financement de l’avenir de l’industrie », a-t-on aussi souligné.

Une vue partcipant du dernier Africa E&P Summit

VERBATIM – Andry Ramaroson, ministre de l’Énergie et des Hydrocarbures

« La campagne de promotion des ressources pétrolières sera lancée. Nous sommes condamnés à avancer dans ce sens, car il est impossible de maîtriser le cours international du baril de pétrole, qui cause de graves impacts sur notre monnaie nationale. Comme nous ne pouvons pas maîtriser le cours international, il faut agir en interne. Il faut faire cette campagne de promotion. Il est temps de parler de Bemolanga, Tsimiroro, Mahaboboka, etc., pour réduire notre dépendance envers l’extérieur. »

Romy Voos Andrianarisoa, Country Manager pour la CNOOC (China National Offshore Oil Corporation)

« Les investisseurs pétroliers s’intéressent aujourd’hui à plusieurs pays en Afrique où les gouvernements s’évertuent vraiment à déployer des conditions optimales pour séduire et/ou retenir ces sources de revenus. La compétition n’est donc pas au niveau de Madagascar, mais sur la scène panafricaine, voire mondiale. Et Madagascar n’a pas encore vu de projet pétrolier aboutir. La compétitivité malgache doit donc s’appuyer sur un climat d’investissement favorable, un cadre fiscal et financier à la fois sécurisant et encourageant pour les potentiels investisseurs, et ce, sur les décennies à venir puisque les contrats pétroliers engagent les signataires au minimum sur vingt ans. »

Princia Ratrimo Andriantsiferana présidente de l’Association professionnelle du secteur Pétrolier Amont de Madagascar (APPM)

« Les activités d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures se font désormais selon les principes de développement durable. Il est de notre de devoir de restaurer ensemble la biodiversité.  Cette collaboration ne doit pas se limiter au niveau de la préservation de l’environnement, mais aussi au niveau du développement socioéconomique qui profitera aux générations futures. »

Nantenaina Rasolonirina, directrice générale par intérim de l’OMNIS

« Madagascar dispose d’un énorme potentiel en termes de ressources. Selon toutes les données dont dispose l’OMNIS, nous sommes convaincus que Madagascar deviendra l’un des plus grands pays producteurs de pétrole dans les quarante cinq prochaines années.  Pour rendre cela possible, nous avons l’intention de dynamiser le secteur pétrolier en amont et de favoriser les partenariats avec les IOC en promouvant tous les blocs pétroliers gratuits que nous avons. »

Pétrole et gaz – Les chiffres disponibles

Selon le rapport de l’US Geological Survey (USGS), dans les cinq bassins sédimentaires qui couvrent une superficie de 800 000 km², les réserves de pétrole non conventionnel sont estimées à 1,7 mmb. Pour le pétrole conventionnel, Madagascar disposerait de 1587,5 mmbbl de pétrole brut léger et de 13,785 TCF de gaz. Ces bassins sont sous-explorés, quatre vingt-cinq puits profonds, à objectif huile légère (pétrole conventionnel) et gaz, y ont été forés à ce jour dont neuf en offshore et soixante-seize en onshore. D’importants indices d’hydrocarbures (huile légère et/ou gaz) ont été rencontrés dans 65% de ces puits. La densité de forage est de 1 puits/ 10 000 km².

À l’heure actuelle, trois périmètres contractuels onshore sont occupés par les entreprises en activité d’exploration (Oyster, Mosa, Amicoh) et six offshore (Marex, Pura Vida, BPEM Ampasindava, BPEM Majunga North, BPEM Majunga South et BPEM Cap Saint André). Deux cent vingt-et-un blocs onshores et six cent vingtcinq offshores sont encore libres et devraient bénéficier d’une campagne de promotion.

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