Laconisme

Que d’eau, que d’eau !

Cette exclamation redondante qui sert de titre à cette chronique est empruntée au maréchal Mac-Mahon, président de la République française de 1873 à 1879. L’actualité récente, submergée par les gâteries de la nature qui a fourni récemment une bonne dose d’eau à la ville, fait résonner la voix de Mac-Mahon. Même si les dons de précipitations ont diminué, les traces laissées par cet élan de générosité de Mère Nature restent visibles : les cours d’eau qui sont à la limite du débordement, les routes défigurées par les nids d’autruche, … Car trop de générosité peut être destructeur et cette pluviométrie féconde a fait des victimes :
les sinistrés peuvent pleurer ceux qui ont laissé leur vie.
Et ce n’est rien comparé à ce qui nous attend si on continue à contribuer au réchauf­fement climatique en persistant dans nos comportements et pratiques antiécologiques. Les eaux ont déjà détaché la Grande-Bretagne du continent en submergeant la terre qui les a reliés, 8500 ans avant le référendum de 2016. Au cours de ce XXIe siècle que nous traversons, entre 10.000 et 20.000 îles sont menacées d’engloutissement. Mais il est vrai qu’on est encore loin du cataclysme qui submerge tout le globe, imaginé par Jules Verne dans sa nouvelle L’éternel Adam (1910).
Et déjà, les explications, les théories surnaturelles, bénéficiant de l’arrosage apporté par ces eaux, fleurissent : on voit en ces «flagellations» l’intervention d’une main divine. Une propension à la superstition exploitée par ceux qui se délectent de la vie dans une atmosphère de terreur. Dans cet environnement mystique, j’ai laissé mes pensées traîner dans les dédales des idées.
Il est vrai que l’eau et la vie ne peuvent être dissociées : Thalès n’avait pas entièrement tort quand il a fait de l’eau le premier principe essentiel et à l’origine de tout, qui dérive d’elle : « L’eau est le principe de toutes choses ». Mais ses coups peuvent aussi frapper cette vie : la mer et ses créatures comme Charybde et Scylla n’ont-elles pas été les instruments de la vengeance de Poséidon contre Ulysse qui a aveuglé le fils du dieu des océans dans l’Odyssée ?
Comme nous sommes revenus, dans la dernière illustration, dans la sphère du fantastique, nous allons également revenir aux idées qui sortent du rationnel. L’eau, d’après Gaston Bachelard, a un langage acces­sible à notre compréhension. « Le ruisseau, la rivière, la cascade ont un parler que comprennent naturellement les hommes » écrivait-il dans L’Eau et les Rêves (1942). Les chants qui sont portés par notre voix sous la douche seraient donc les produits du dialogue qu’on entretient avec les gouttes d’eau qui tombent sur notre corps.
En parlant de douche, ma surprise du matin a été l’ouverture sans eau des différents robinets de la salle d’eau. Illustration du paradoxe malgache : la disette au milieu de l’abondance.

par Fenitra Ratefiarivony

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter