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Atsimo Andrefana – La ville de Morombe en délabrement avancé

La ville de Morombe a perdu son charme d’antan.

Le chef-lieu de district de Morombe est aujourd’hui fatigué de vétusté. Les vieilles bâtisses engloutissent la beauté d’antan d’une ville qui a été le berceau des opérateurs « Karana » en pois de cap, en riz et en coton dans les années 80.

Spectacle désolant. La ville de Morombe, située à 250km de Toliara vers le nord sur la nationale 9, a totalement perdu son charme d’il y a trente ans. La ville semble avoir été bombardée à plusieurs reprises par des ennemis aériens, comme ce qui se passe en Syrie, en voyant les vieux bâtiments qui ne se tiennent plus que sur deux ou trois piliers, ou encore les bâtisses qui ont perdu depuis longtemps leurs toits, fenêtres et paliers. Nombreuses maisons à étage qui portent l’empreinte des architectures françaises d’une autre époque, sont quasi-désertées depuis une quarantaine d’années et laissent pousser de longues herbes impénétrables.

« Nous avons l’habitude de côtoyer ces vieilles maisons, vestiges du passé. Elles font partie du décor culturel de cette ville de Morombe » raconte Henri Bonheur, actuel directeur du CEG Jean Jeffson de Morombe, en âge de retraite. Il connaît presque les derniers locataires ou les derniers propriétaires des maisons actuellement écroulées qui appartenaient ou qui avaient été louées par des opérateurs « Karana » ou Indopakistanais, deuxième ou troisième génération des premiers arrivants sur cette partie nord de la région Atsimo Andrefana. D’autres maisons ont appartenu à de grandes familles malgaches.

Pois de cap

Ces opérateurs n’étaient pas nombreux, ils étaient environ deux-cent, mais occupaient la vie économique de Morombe en ce temps-là. « Ils commençaient à s’installer dans les années 70 et étaient partis vers 1990 avec la libéralisation du marché. A cette époque, l’État malgache a mis en place le projet Sahamangoky, un projet d’aménagement et d’exploitation de la plaine de Bas Mangoky, à cheval entre le district de Morombe et de Manja dans le Menabe. Et les activités économiques tournaient autour de ce projet » continue la source locale. Les salariés touchaient alors leur dû dans des banques à Morombe.

Des opérateurs ont tissé des activités d’exploitation de pois de cap, de riz, de coton d’où les grands magasins de stockage, dont les squelettes sont encore visibles actuellement. La collecte a été dynamique depuis des villages des communes rurales vers la ville. Les associations féminines s’occupaient du triage, les charretiers et piroguiers se chargeaient du transport des produits depuis les magasins de la Société malgache de collecte et de distribution (SOMACODIS) vers les bateaux au large. Il y eut des lignes de navigation directes entre Morombe et Londres ou encore la Pologne. Le pois du cap de Morombe était notamment destiné à des marchés de société de fabrication de biscuits à l’étranger.

« En bref, l’économie obéissait à une chaîne de valeur qui a fait travailler des milliers d’individus. Un seul opérateur arrivait à collecter 10 000t de pois de cap. Le district possédait sept boulangeries, la route était goudronnée. Durant la deuxième république, Morombe n’avait pas d’égal dans toute la région Atsimo-Andrefana» poursuit Henri Bonheur.

Abandonnée

Quand le projet Sahamangoky a cessé vers la fin des années 90, Morombe a commencé à être désertée. De plus, la libéralisation économique a fait que Somacodis n’avait plus sa raison d’être. Les opérateurs partaient et même les PPN devaient s’acheter à Toliara. L’exploitation du pois du cap, maintenue par quelques operateurs après la libéralisation, commençait à manquer de qualité et de marché. Il ne restait plus que 1% de la production d’antan. C’était le début du déclin de la ville qui possédait même son propre aérodrome.

Infrastructures négligées

Les deux marchés de la commune urbaine de Morombe n’ont plus de toit depuis 20 ans. L’appro­visionnement en eau n’a pas connu d’extension et seuls les quartiers longeant la route principale ont accès à l’eau de la Jirama, soit quatre fokontany. Les cinq autres fokontany, quelques peu éloignés de la ville donc, dits « ruraux » ne bénéficient pas d’eau courante. Les forages dans ces localités rencontrent quelques problèmes d’ensablement. Il n’y a pas d’autres sociétés dynamiques outre des sociétés de pêche telles que Copefrito ou Murex. L’industrialisation semble être impossible dans cette partie de l’île. La radio nationale Malagasy (RNM) n’y est pas diffusée depuis 17 ans faute d’émetteurs.

Projets envisagés

Le maire actuel de Morombe, Adolphe Faralahy, compte faire bouger les choses. Les bâtiments vétustes et délabrés ont été demandés à devenir des propriétés de la commune urbaine de Morombe. « Les impôts fonciers sur les propriétés bâties (IFPB0) de ces bâtiments abandonnés ne sont pas perçus depuis 20-30 ans. Nous avons donc étudié en délibération communale la possibilité de détruire ces bâtisses pour en installer par la suite des bâtiments administratifs, vu que la commune manque de terrain disponible » explique le maire. Des écoles supérieures ou des sociétés sont vivement attendues à Morombe. La demande de destruction des bâtiments a été adressée au ministère de l’Intérieur et de la décentralisation depuis le mois de mai et la procédure est en cours, selon le maire. Par ailleurs, la commune prévoit de mettre en place un jardin de la mer « digne » afin de rehausser le caractère touristique de cette localité qui diffère quelque peu dans la position du coucher du soleil. « Un stationnement spécial pour les pirogues est au programme, de même que la réhabilitation du Tranom-pokonolona » détaille Adolphe Faralahy, maire de Morombe.

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