Jeunes modernistes et vieux conservateurs face à face


Dans sa politique d’ouverture en faveur des Occidentaux, Radama II est soutenu par un groupe de personnages. Il s’agit notamment de ses ministres des Affaires étrangères Rahaniraka puis Rainimaharavo, des conseillers comme Rainivoninahitriniony (Raharo) et son frère Rainilaiarivony. Ce groupe des modernistes est sincèrement partisan de l’ouverture « pourvu qu’elle contribuât effectivement au développement et à la civilisation du pays ». Face aux modernistes se tient le groupe des traditionnels et conservateurs dirigé par Rainijohary, co-Premier ministre sous Ranavalona Ire. Ce dernier groupe se méfie beaucoup de la nouvelle politique royale. « Il regrettait l’abandon de l’ancienne politique isolant le pays des mauvaises influences de l’extérieur. » Les conservateurs désapprouvent, de ce fait, la liberté accordée aux divers missionnaires de propager le christianisme. Ils sont scandalisés par l’octroi aux étrangers de privilèges exorbitants au moyen de chartes et de traités. En particulier, le droit qui leur est accordé de posséder des terres, « une mesure inadmissible » à l’encontre de la loi fondamentale du pays interdisant le droit de propriété foncière à tout Vazaha. À cela s’ajoute la nomination d’étrangers à des postes officiels qui scandalise même les modernistes. « Radama II allait trop loin dans l’application de sa politique d’ouverture alors que les circonstances intérieures n’étaient pas très favorables » (Pr Mukasa Mutibwa Phares d’après une étude de Razoharinoro-Randriamboavonjy). En outre, la suppression des droits de douanes efface du même coup une source de revenus importants pour un nombre appréciable d’officiers, augmentant ainsi l’effectif des mécontents. Et « si on lui était reconnaissant de la libération des prisonniers de guerre de Ranavalona Ire, la suppression brusque et totale des corvées non seulement mécontenta ceux qui en tiraient profit, mais encore inquiéta ceux qui étaient soucieux de l’ordre public immédiat ». Il faut également compter sur les « petites provocations involontaires » d’étrangers qui méprisent ou méconnaissent les usages du pays. Enfin, même les modernistes restent divisés. Une partie dirigée par Rainivoni­nahitriniony reproche au roi d’accorder trop de pouvoir aux jeunes et parfois arrogants Menamaso, car « cela pouvait se terminer par l’éviction de fait des vétérans habitués au pouvoir». Tout cela réuni, porte l’exaspération à son comble et amène à la chute rapide du libéral et progressiste Radama II. « La politique d’ouverture reprise par Radama II, laquelle fut menée pas sa seule volonté et essentiellement sur l’influence de ses conseillers étrangers, au mépris de l’opinion d’une partie importante de ses conseillers de droit et de la partie la plus évoluée de la population, se solda par un échec relatif. » Cependant, l’assassinat du roi, œuvre d’une minorité de la Cour, ne satisfait pas tout le monde. Des rumeurs circulent pendant deux ans qu’il est toujours en vie. « Beaucoup de Malgaches le regrettent à cause des mesures libérales prises par lui. La popularité relative et surtout posthume du roi apeura quelque peu les nouveaux détenteurs du pouvoir et leur suscita des difficultés, comme les soulèvements en pays betsileo et sakalava. » En outre, le décès de Radama II auquel succède son épouse Rasoherimanjaka, ne met pas fin à la lutte entre les divers groupes du Conseil de la reine. Les modernistes sont divisés entre Rainivoninahitriniony alors soutenu par son frère, Rainilaiarivony, et le chrétien Rainimaharavo, ministre des Affaires étrangères. Les deux groupes luttent pour avoir la prépondérance au sein du Conseil et le maximum de popularité dans l’opinion. En face d’eux, se tiennent les conservateurs menés par Rainijohary devenu vieux. Ils sont majoritaires. La politique d’ouverture devra l’emporter sur celle d’isolement préférée par les conservateurs. « Mais il ne suffisait pas d’être partisan du progrès, il fallait encore être pro-français ou pro-anglais. » Les étrangers résidant dans la Grande ile sont, de leur côté, très affectés par la mort de Radama II. Effectivement, ce dernier a non seulement favorisé une vie agréable pour eux, mais leur a aussi promis un « avenir brillant ». Le très court règne du roi et surtout sa fin violente n’augure rien de bon. Le gouverneur de Bourbon, Darrican, regrette du reste un roi sous le règne duquel « l’influence française serait développée et les intérêts français garantis. »
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