Notes du passé

Une pittoresque période dédiée à l’uranothorianite

Dans la Grande île, l’uranothorianite vient en tête de toute la production minière de Madagascar dans les années qui précèdent et suivent l’Indépendance. Selon Max R. Ridoux et Jean Albert Zafimahova (Bulletin de Madagascar, décembre 1961), elle est exploitée par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), M. Lanoue, la Société des minerais de la Grande île (SMGI), les Établissements Jenny, la Société minière et forestière et la Société d’exploitation des mines d’Andranondambo (actionnaires Ets Jenny et Frères Hibon).

La présence de la thorianite dans la Grande île est signalée depuis longtemps. Mais ce n’est qu’en 1953 que l’abondance et l’intérêt du minerai sont mis en évidence. Comme la phlogopite, la thorianite malgache (oxyde de thorium contenant une certaine proportion d’uranium) est « intimement et exclusivement » liée aux pyroxénites, mais généralement ces deux minéraux ne cohabitent pas ensemble en gisements économiques. Une prospection générale par le service de géologie de la direction des Mines et de l’énergie, par le CEA et « par tous les gardiens de bœufs du pays », découvre rapidement de nombreux gisements.

« Ce fut une pittoresque période de quelques mois, où toute la population campagnarde féminine lavait avec virtuosité alluvions et éluvions en se servant, faute de batée, de cuvettes de toilette, de plats à riz ou de simples assiettes creuses. » Dès 1954, une grande activité règne dans le Sud-est de Madagascar, dans la région située à
l’intérieur de la boucle de la Mandrare, et les possibilités en thorianite de cette région sont inventoriées.
Au début des années d’indépendance, les réserves d’uranothorianite connues sont assez limitées et seul le CEA pouvait donner des précisions. La mise en valeur des gisements est entreprise par le Commissariat en parallèle avec des exploitants privés, titulaires de permis de mica, valables également pour ce minerai. Le CEA leur apporte une aide technique tant au point de vue des recherches qu’à celui du traitement des minerais.

Les conditions d’exploitation s’améliorent régulièrement. Des laveries modernes sont mises en service et obtiennent d’excellents rendements. Elles permettent ainsi de concentrer les traitements et d’arrêter les petites exploitations peu rentables. Les productions sont intensifiées et le prix de revient amélioré.

La production totale connue est de 44 tonnes en 1953, 94,7 tonnes en 1954, 210,7 tonnes en 1955 et autour de 500 tonnes en 1960.

La carrière d’Amboanemba étant épuisée en 1960, le CEA, après avoir démonté l’usine de préparation mécanique, la remonte dans le Nord. À la même époque, seul est exploité le gisement d’Ambindrankemba où les réserves, jusqu’à 40 mètres de profondeur, sont estimées à environ 700 tonnes d’uranothorianite contenues dans 240 000 tonnes de roche.

Lanoue a son principal gisement à Kotovelo. Il est exploité en carrière avec le matériel courant. L’usine de traitement à Marovato et l’équipement mécanique d’exploitation représentent des investissements de plus de 140 millions de francs CFA.

La SMGI exploite le gisement d’Androtsabo et réalise un investissement de 30 millions de francs CFA. Les Etablissements Jenny ont deux exploitations à Besakoa-Amboanaivo et à Angara, avec une usine de traitement, sur lesquelles sont investis en 1955, environ 20 millions de francs CFA. La Société minière et forestière exploite plusieurs petits gisements en carrière et possède une usine de traitement. L’ensemble de ses investissements se monte à environ 16 millions de francs CFA. La Société d’exploitation des mines d’Andranondambo, après épuisement du petit gisement, transfère ses installations à Bevalala. Les investissements sont évalués à 16 millions de francs CFA.

À partir de 1960, les contrats avec le CEA prévoient deux tarifs pour le minerai à forte teneur et pour les autres. « Pour le moment, on exploite les gisements à forte teneur, délaissant les autres ; dans quelques années, il ne restera donc que la prolongation en profondeur de ces gisements riches, épuisés en surface, et les gisements à
faible teneur. »

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter