Editorial

Délit de fuite

Éternel recommencement. On croit en avoir fini avec les fuites de sujet qui avaient écumé les examens scolaires dans les années 70-80. La première histoire de fuite de sujet avait eu lieu en 1974, lors de l’épreuve du BEPC. Plusieurs personnes, dont des lycéens, avaient été condamnées et incarcérées à l’époque. Mais cela semble ne pas avoir servi de leçon. Il faut dire qu’il y a quarante ans, il était plus difficile de décrocher le BEPC que de réussir au baccalauréat aujourd’hui. Puis d’une année à l’autre, il y a, de temps à autres, des tentatives de fuite de sujet dont la plus significative avait eu lieu en 2006 où des sujets du baccalauréat ainsi que les réponses avaient été distribués ça et là.

Les grèves, comme les fuites de sujet, ont toujours eu un relent politique même si, avant tout, les auteurs de fuite de sujet mettent surtout du beurre dans leurs épinards alors que leurs clients rêvent d’avoir un vrai diplôme, sans se fatiguer les méninges. Quitte à payer plus, un vrai diplôme c’est toujours mieux qu’un faux dont la commercialisation relève aujourd’hui d’une filière prospère sur les ventes en ligne.

Les fuites de sujet comme les grèves de toutes sortes, peuvent être l’œuvre de déstabilisateur dont l’objectif est de décrédibiliser le pouvoir en place. Le message envoyé à la population est de se lever contre l’incompétence des autorités incapables d’organiser un examen sans la moindre faute alors que, depuis vingt ans, tout était parfait. Les changements de responsables, les nouvelles nominations semblent créer plus de problèmes qu’ils n’en résolvent.

C’est peut-être aussi fait dans l’objectif de rehausser le taux de réussite tombé très bas lors des deux premiers examens de l’année et que d’aucuns mettent sur le compte des nouveaux responsables de l’éducation. Une nouvelle catastrophe au baccalauréat constituerait un très mauvais signe.

Les faits sont loin d’être fortuits neuf mois après le changement de régime.

Maintenant, on se demande quelle crédibilité on peut accorder à cette session. Les mesures prises par le ministère de l’Enseignement supérieur sont juste pour rasséréner l’opinion en général et les parents en particulier, sans donner une garantie que la fuite n’a pas été générale et que les autres sujets n’ont pas fait l’objet de fuite. Certains candidats vont être notés sur des sujets différents. Comment pourrait-on savoir si un candidat ayant obtenu la mention très bien a vu les sujets avant ou pas ?

Quoiqu’on dise, cette session a sérieusement compromis sa validité. Face aux fuites des sujets, il fallait affronter l’incident avec les mesures appropriées. On ne répond pas à une fuite de sujet par un délit de fuite. Il fallait trancher dans le vif et punir sévèrement les auteurs de cette ineptie. C’est un crime ni plus ni moins. Et c’est pire qu’un faux diplôme.

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