Chronique de Vanf Opinions

Raison et non psychose garder

La peste est endémique depuis qu’elle a été importée à Madagascar, sous la colonisation, en juillet 1921 (cf. Chronique VANF, 15.09.2017 : «où sont les Girard et les Robic de 2017 ?»). Pourquoi donc, en cette année 2017, nous semble-t-il qu’elle fait davantage parler d’elle ?
Précisons tout de suite que la seule manière de ne jamais évoquer la peste ni entendre parler d’elle, ce serait simplement, mais ni plus ni moins que, son éradication. Si jamais, et il suffirait que dans quelque famille inconsciente et irresponsable parce que désireuse de maintenir la coutume de funérailles normales à un parent mort de cette maladie hautement contagieuse, on faisait le choix d’en taire l’existence, ce serait dramatique.
La peste est donc une réalité. Une cellule de veille mise en place par le Gouvernement. Les matches de la coupe des clubs champions de basket-ball de l’océan Indien qui se jouent à huis clos. La rentrée solennelle de ce 2 octobre annulée. Des mesures de détection mises en place dans les aéroports et les gares routières. Cette fois, c’est officiel.
Faut-il s’émouvoir de cette officialisation ou déplorer le retard mis à prendre des mesures exceptionnelles ? Les réseaux sociaux, qui racontent tout et son contraire et sur lesquels les pires mensonges savent prendre toute l’apparence d’une vérité crédible, ont choisi : s’affoler pour affoler.
Une cellule de crise interministérielle devrait s’atteler à ce que nous savons le moins faire : contrôler. La cécité légendaire des Fokontany, incapables de dénoncer une construction illicite à leur porte, permet de douter de leurs capacités à contrôler l’annonce des cas dans chaque famille. Pour contrôler le flux des taxis-brousse, qui pourraient faire voyager rapidement la maladie à travers le pays, des barrières sanitaires pourraient-elles être moins «passoires» que les piquets de gendarmes qui n’ont pas vu passer un car de 90 places avec 140 personnes à bord ni une semi-remorque trop lourde pour le pont qu’elle allait plier ?
Si les aptitudes de l’administration malgache à contrôler (les niqab à nos frontières, le bois de rose à nos ports, les espèces endémiques en sous-douanes) peuvent prêter à sourire, prendra-t-on sa communication avec sérieux ?
Parce qu’il va bien falloir communiquer. Et d’abord rétablir la confiance par des actes concrets. Et un comportement exemplaire. Que font policiers et gendarmes à assurer la protection personnelle de tel ou tel particulier sans fonction officielle, alors que l’insécurité hante nos villes et nos villages ? Où foncent donc ces cortèges interminables de voitures officielles qui miaulent à qui mieux-mieux tandis que les embouteillages sont la normalité d’une population excédée ? Ce ne sont là que des broutilles, mais qui peuvent servir à envoyer un premier signal.
Il ne faut pas se mentir. Si des mensonges grossiers (un utlimatum malgache contre la Corée du Nord, l’effondrement du tunnel d’Ambanidia) obligent des gens, a priori peu crédules, à prendre sur eux la charge de la preuve contraire, c’est que la confiance aux dires du régime est bien faible. Quand, où, comment, cette confiance a-t-elle été trahie ? Aussi peu évident que cela puisse sembler, trouver la réponse à cette introspection «de politique générale» permettrait de conjurer la psychose particulière de la peste.

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja

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